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«Ascension en 2025, possession en 2026», vise Camille Estephan

Noé Cloutier - Punching Grace

Eye of the Tiger a récemment fait le bilan d’une année record. Parmi ses 23 athlètes, l’écurie montréalaise dénombre 17 aspirants mondiaux, dont 3 champions du monde.

Les chiffres ne mentent pas. Et ce ne sont pas que les 4 fédérations mondiales de boxe qui vous le disent, même le site spécialisé BoxRec place 16 tigres dans le top-40 des classements mondiaux de leurs catégories respectives.

«Un outil imparfait, mais impartial», m’a déjà dit Camille Estephan.

Pas besoin de vous expliquer davantage à quel point EOTTM a excellé dans la dernière année. Je l’ai déjà fait dans un communiqué (ICI). Pour Punching Grace, j’avais envie d’expliquer pourquoi elle a excellé en 2025.

Mais d’abord, petite mise au point des attentes pour 2026.

Photo: Vincent Ethier – Antonin Décarie, Osleys Iglesias et Camille Estephan

L’heure est arrivée

J’ai eu Camille Estephan au téléphone.

Il m’a parlé de 2025 comme une «année charnière», pour son entreprise.

C’est vrai, 17 aspirants mondiaux, c’est du jamais vu au Québec.

Mais ce n’est pas une finalité.

«On a beaucoup parlé d’ascension cette année, et les résultats sont là… mais en 2026, l’ascension est terminée. On a escaladé jusqu’au sommet, maintenant, c’est le temps d’en prendre possession», m’a-t-il dit.

En termes de hockey, c’est d’annoncer que «reconstruction» est terminée.

Mais d’où venait le besoin de l’entamer?

Pour un nouvel âge d’or

Pendant près de 15 ans, au début des années 2000, les Bute, Pascal, Stevenson et Lemieux faisaient courir les foules dans les plus grandes salles du Québec.

Photo: Vincent Ethier – David Lemieux

L’engouement était sans frontière. HBO, Showtime et parfois ESPN (mais juste le vendredi) étaient tous aux rendez-vous. Avec du recul, certains ont décrit cette époque comme l’âge d’or de la boxe québécoise.

«Le problème, c’est qu’on s’est rendu compte que notre sport dépendait de ses vedettes. Évidemment, c’est le but ultime de créer des stars, mais nous, on ne voulait plus dépendre d’un seul gars», me raconte l’ancien promoteur de David Lemieux.

«On a donc créé un système pour ramener les jours de gloire, mais ne plus connaître de creux de vague», poursuit Camille Estephan.

C’est un peu comme les Canadiens de Montréal qui, pendant près de 15 ans, étaient tenus à bout de bras par les performances du gardien Carey Price.

Comme le CH

Dans ce texte, on parle un peu du Canadien, parce que les Québécois ne pensent qu’à ça. C’est le bon vieux truc de Réjean Tremblay. Comme la boxe demeure un peu plus incomprise, tu mets des références de hockey ici et là et tu t’assures que tout le monde comprend.

Donc voilà.

En 2021, ne pouvant plus compter sur sa super-vedette Carey Price, le Canadien de Montréal décide de repartir à neuf – en reconstruction. On embauche Jeff Gorton, puis Kent Hughes, puis Martin St-Louis. Plusieurs joueurs quittent le navire. Les choix au repêchage arrivent par dizaine et, éventuellement, ceux-ci se transforment en prometteuses recrues.

Tout ça pour dire qu’en 2021, EOTTM a un peu fait la même chose.

Photo: EOTTM – Marc Ramsay et Christian Mbilli

«Le système»

Un peu comme Gorton et Hughes, Camille Estephan et Antonin Décarie ont embauché Marc Ramsay pour piloter l’équipe des tigres en 2021.

Plus encore, pour mettre le «système» en place.

On semble cibler certaines catégories de poids, comme les poids légers (135 lb), super-légers (140 lb), super-moyens (168 lb) et mi-lourds (175 lb), tout en ayant une présence dans presque chaque division, de 135 à plus de 200 lb.

Ensuite, on recrute de manière à ne plus dépendre d’un seul boxeur ni d’un seul agenda.

Comment? En trois temps, littéralement.

En recrutant différents boxeurs prêts à gagner à court, moyen et long terme.

«On a longtemps été les ‘underdogs’, maintenant ce qu’on a bâti, c’est une machine faite pour gagner ‘au top’. Des gars qui vont non seulement se rendre aux grands combats, mais qui seront favoris dans plusieurs d’entre eux pendant au moins 10 ans», m’explique le fondateur d’EOTTM.

Et près de 5 ans plus tard, de quoi a l’air l’alignement?

Photo: Vincent Ethier – Albert Ramirez et Camille Estephan

Le premier trio

Évidemment, le promoteur reconnaît que ça reste aux boxeurs de maintenant livrer la marchandise. Heureusement, c’est déjà fait pour certains d’entre eux.

En termes de champion mondial, EOTTM en a déjà trois:

-Christian Mbilli est champion mondial intérimaire des super-moyens (WBC), et le mot «intérimaire» devrait disparaître dès son prochain combat. Reste à savoir contre qui, parce que Sheeraz semble avoir un faible pour Pacheco…

-Osleys Iglesias est déjà champion mondial IBO des super-moyens, et aura la chance d’ajouter le titre IBF à sa collection à sa prochaine sortie. Canelo, Munguia, Sheeraz et Williamson ont déjà dit non. Pavel Silyagin va-t-il accepter? Laurent Poulin, qui n’est pas son gérant, croit que oui. À suivre…

-Albert Ramirez est champion du monde intérimaire WBA des mi-lourds. Il va affronter Lerrone Richards, le talentueux mal-aimé de la boxe britannique, le 5 février. Avec une victoire, avec le départ de Benavidez chez les lourds-légers et le retour de Bivol, ça pourrait bouger vite à 175 lb en 2026.

Photo: The Ring – Imam Khataev face à David Morrell

«Dans le mix»

En parlant des 175 lb, *Imam Khataev et Mehmet Unal ne sont pas loin derrière Ramirez.

*Camille m’a rappelé qu’Imam s’est fait voler contre Morrell, ce qui a causé un léger contretemps technique…

Maintenant à 168 lb, pour citer Geoff Molson, Steven Butler semble être de retour «dans le mix» pour un gros combat…

Et qui dit «mix» et gros combat, dit Arslanbek Makhmudov. Depuis sa victoire contre Dave Allen, les rumeurs l’ont associé à Anthony Joshua et maintenant à Tyson Fury.

Rumeurs ou non, le retour du «Lion», qui a également vaincu l’olympien Ricardo Brown en 2025, prouve déjà un point, selon le président d’EOTTM.

«Pour EOTTM, tant qu’on va croire en notre boxeur – et à condition qu’il croie encore en lui-même – il obtiendra toujours une chance de revenir», m’a décrit Camille Estephan.

Photo: Vincent Ethier – Arslanbek Makhmudov

Makhmudov et Butler sont des exemples apparents, mais justement…

Leïla Beaudoin revient d’une défaite, mais face à la meilleure au monde et devant 15 millions de téléspectateurs. C’est assez victorieux comme revers, le téléphone risque de sonner de nouveau très bientôt.

À ce propos, personne n’a su se relever davantage que Steve Claggett. Revenant d’une blessure, il sera de retour avant la fin de l’hiver pour, avec une victoire, remettre son nom dans le chapeau des gros combats à 140 lb. Dans ce chapeau, figure déjà celui d’Arthur Biyarslanov qui était récemment en discussion pour un combat contre Keyshawn Davis. Une catégorie en dessous, c’est la même chose pour le double olympien et aspirant du top-5 mondial Dzmitry Asanau qui semble lui aussi prêt à gagner à très court terme.

Et puis, on en parle moins, parce qu’on a ne l’a pas encore vue, mais Lenar Perez est déjà dans le top-3 mondial des lourds-légers (200 lb).

Enfin, à mi-chemin en aspirant et espoir (au 18e rang mondial WBC), gardez un œil sur le représentant d’EOTTM à 147 lb, Christopher Guerrero. Il n’est pas encore à un combat près du titre mondial, mais il est plus près qu’on pourrait le croire. Au 25e rang BoxRec des mi-moyens, il est déjà plus haut que Manny Pacquiao et Paddy Donovan qui étaient en championnat mondial à leur dernière sortie…

Photo: Vincent Ethier – Christopher Guerrero

La 3e vague

Vient ensuite la 3e vitesse du «système».

À 168 lb, on pense aux Wilkens Mathieu et Moreno Fendero. Toujours dans la jeune vingtaine, ils sont déjà classés mondialement et pourraient prendre la relève de Mbilli, Iglesias et Butler plus tôt que tard à 168 lb.

À 140 lb, derrière Claggett et Biyarslanov, Jhon Orobio semble bien en selle pour devenir l’une des prochaines coqueluches des Québécois.

Même constat à 135 lb avec l’arrivée de Wyatt Sanford, Luis Santana et Avery Martin Duval. Sans oublier des présences à 160 lb (Alexandre Gaumont), 130 lb (Erik Israyelyan) et 126 lb (Thomas Chabot).

Bref, «le système», c’est de bâtir une équipe avec des champions, la relève, et la relève de la relève.

«Des gars qui iront au sommet, et qui y resteront longtemps», m’a dit Camille Estephan.

Une phrase importante qui, ici, inspire ce dernier point.

Photo: Zuffa Boxing – Christian Mbilli

«Le Québec aime les gagnants»

Les fans du Canadien – oui, oui, encore – aime les Danault, Bolduc, Montembault (quand il gagne) et leur cousin Texier, de ce monde.

Bien sûr, parce que c’est «leur» monde.

Mais en avril dernier, c’est pourtant le chandail #93 d’Ivan Demidov qui a battu le record de vente du CH. Comme quoi ça prend toute sorte de monde pour bâtir une équipe gagnante, et comme quoi…

«Les Québec aime les gagnants», me dit souvent le grand patron d’EOTTM.

En incluant les blessures, le Canadien compte 7 Québécois sur 27 dans son équipe. Sur 23, EOTTM compte 9 boxeurs issus de la Fédération de boxe olympique du Québec, et 5 autres qui ont choisi de s’établir à Montréal à temps plein une fois leur carrière professionnelle en marche.

Neuf Québécois et cinq Québécois d’adoption, ça fait quand même beaucoup quand on considère qu’il y a moins de boxeurs que de hockeyeurs chez nous.

«Mais au final, que ce soit Demidov ou Bolduc qui marque le gros but, le Canadien gagne. Alors que ce soit Khataev ou Mathieu qui remporte le gros combat, si EOTTM gagne, c’est tout le Québec qui en sort vainqueur», m’a déjà dit un grand amateur des deux sports.

C’est donc dire qu’EOTTM / «tout le Québec» est sorti vainqueur à 52 reprises sur une possibilité de 58 l’année dernière. Ça c’était l’année de l’ascension vers le sommet, imaginez si on prend possession de la montagne…

Chez nous, on dirait que «ça sent la Coupe».

Photo: Vincent Ethier – Jhon Orobio