Le jeudi 11 décembre dernier était jour de combat pour les tigres d’Eye of the Tiger. Ils prenaient d’assaut le théâtre du Casino du Lac-Leamy, à Gatineau.
Avant de quitter Montréal, il me restait encore quelques missions à accomplir. Des missions importantes.
Il y avait d’abord Leïla.
Son dernier entraînement intense avant le grand saut. Elle a répondu présente. Solide, concentrée, affûtée. Elle est prête.
Puis Caroline Veyre, elle aussi en préparation pour un combat de championnat du monde. Pour Caro, c’était une séance de sparring. Sérieuse, appliquée, convaincante. Les deux ont livré de beaux efforts. J’étais un entraîneur satisfait.
Avant de braver la tempête vers Gatineau, Antonin et moi avons enregistré le dixième épisode de notre balado, Le PunchCast. Comme toujours : du plaisir, des rires, un moment pour faire le vide mental… avant l’intensité.
À Gatineau, je commence la soirée dans mon rôle de cutman pour les deux premiers combats, puis je termine la carte comme analyste à TVA Sports, aux côtés du talentueux Nicolas Martineau. Une expérience que j’ai adorée. Mais la soirée s’étire. Tard. Très tard. Et demain, je m’envole pour Miami.

Photo: Vincent Ethier – Marc Ramsay et Jhon Orobio
Impossible de partir sans prendre un moment avec Marc Ramsay.
Il connaît ce qui nous attend. Il l’a vécu. Souvent.
Marc, c’est un grand. Il n’aime pas qu’on le dise, car il est humble, mais c’est un grand.
J’écoute. Je prends des notes. On ne sait jamais tout. Oublier un détail, ici, peut coûter cher. Ses paroles sont rassurantes. Motivantes.
Je vais être à la hauteur. Le rendre fier.
Miami ne t’accueille pas
Elle t’engloutit.
Même avant de toucher le sol, on sent l’électricité dans la cabine.
L’excitation est palpable.
L’équipe de basketball locale s’appelle le Heat. Ce n’est pas un hasard.

Photo: ESPN – LeBron James
Ici, tout brûle : la lumière, la musique, l’air, les nerfs.
Quand on atterrit, il est presque 23 h. La fatigue nous rend un peu niaiseux, on rit pour rien. On sait qu’on est sur le point d’entrer dans un autre monde.
On descend de l’avion le corps lourd.
Mais dans la tête, quelque chose s’allume.
Une certitude.
La semaine qui commence ne sera pas ordinaire.
Tout sera grand.
Tout sera intense.
Tout sera wow.
Mais, entre nous, j’espère un autre genre de wow.
Celui qui résonne dans les gradins après un combat parfait.
Pour ça, Leïla devra livrer la guerre de sa vie.
Julian, notre chauffeur, nous attend. Costume gris nuit, allure impeccable.
Rien n’a commencé… mais tout est déjà lancé.
Le Fontainebleau de Miami Beach
Luxe, vertige et responsabilité.
Minuit passé.
La ville ne dort pas. Le Fontainebleau encore moins.
Ce n’est pas un hôtel.
C’est un théâtre.
Le lobby ressemble à un décor trop grand pour être vrai : marbre lustré, musique qui pulse, bars encore pleins, piscines illuminées comme des miroirs vivants. Ici, les gens ne se couchent pas. Ils arrivent. Ils repartent. Ils filment. Ils flambent.
Une séance photo dans un coin.
Un influenceur qui se filme dans l’autre.
Tout est spectacle. Tout le monde veut être vu.
Et au milieu de ce chaos magnifique, une boxeuse arrive pour travailler.
Une fille du Témiscouata venue écrire l’histoire.

Photo: Vincent Ethier – Leïla Beaudoin
On récupère les clés. Plus long que prévu. Trouver une chambre avec un bain pour Leïla, à minuit, relève presque du défi.
On traverse des couloirs interminables aux couleurs de l’océan jusqu’aux chambres.
On vérifie tout:
• la distance avec les ascenseurs (pour éviter les fêtards),
• la qualité des lits,
• le bain — essentiel pour la perte de poids,
• l’espace pour bouger, s’étirer, s’entraîner,
• le gym… qui ferme trop tôt, à 20 h.
Il manque un frigidaire. On s’adaptera.
JF aura du boulot dès demain. Il devra trouver, improviser, ajuster. Toute la semaine, glacière à la main, il veillera à ce que Leïla ne manque jamais d’énergie… tout en coupant les dernières livres avant la pesée.
Mais revenons à Leïla.
À peine dans sa chambre, elle défait ses valises. Elle organise. Elle s’installe.
Presque comme à la maison.
Je l’observe.
Je le vois dans ses yeux.
Le compte à rebours est lancé.
12 décembre
La transition silencieuse
Il est tard.
Trop tard pour les grandes installations. J’écris ces lignes et les yeux me chauffent. Mais il me fait plaisir de vous partager ce carnet, cette expérience.
Pas encore de caméras.
Pas de journalistes.
Pas de face-à-face.
Seulement l’équipe qui pose les valises et prend la mesure du terrain. Discrètement. Sans se faire remarquer.
Leïla va se coucher. Le repos est sacré.
De mon côté, je pars en reconnaissance. J’accroche JF au passage qui accepte de m’accompagner. On repère:
• la sortie vers la plage,
• le chemin le plus court vers la salle d’entraînement,
• les coins tranquilles où elle pourra s’isoler.
Il est passé une heure du matin.
J’aime cette chasse aux trésors.
C’est ma façon de respirer. D’avoir une longueur d’avance.
Le moral est bon.
Les troupes sont prêtes.
L’objectif ne change jamais :
nous vaincrons.
Je retourne à ma chambre.
La veille du premier regard
Dans le silence, j’organise mentalement le lendemain.
Face-à-face à 15 h.
À Coral Gables.
Dans une maison immense.
620 Arvida Parkway. Une adresse de cinéma.

Photo: MVP – Jake Paul, Alycia Baumgardner, Leïla Beaudoin et Anthony Joshua…
Jake Paul.
Anthony Joshua.
Un duel improbable.
Et au milieu, une fille du Bas-Saint-Laurent.
Leïla Beaudoin vs Alycia Baumgardner.
Demain, elles se regarderont dans les yeux pour la première fois de la semaine.
Demain, la tension dormante s’éveillera.
Alycia est volubile.
Elle parlera fort. Elle prendra l’espace.
Elle dira qu’elle est le nouveau visage de la boxe féminine.
Qu’elle dévorera Leïla.
Mais Baumgardner ignore une chose.
Leïla a un plan.
Il est simple.
Ruiner la fête.
Demain, le combat deviendra réel.
Bienvenue dans l’art de la guerre.
Mais ce soir, il n’y a que la chambre.
Et une athlète aux yeux fermés; calme, ancrée, prête.
Elle sera victorieuse.
Elle surprendra le monde.

Photo: MVP – Leïla Beaudoin et Alycia Baumgardner