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Photo : Vincent Ethier – En deuxième partie de sa série Hommes de coin, Punching Grace s’entretient avec le légendaire Mike Moffa, actuel entraîneur de Steve Claggett (38-7-2, 26 K.-O.), Wilkens Mathieu (7-0, 4 K.-O.) et de nombreux athlètes amateurs.

De Montréal aux confins de la planète boxe, Mike Moffa est l’un des entraîneurs les plus respectés. Sa méthode a fait ses preuves, autant au niveau amateur que professionnel, où il n’accepte aucune demi-mesure.

« Moi, c’est ma manière, sinon la porte est là », a-t-il déjà raconté à Punching Grace, tout en pointant bel et bien la porte de l’Annexe Underdog.

Mais la manière de Mike Moffa, c’est quoi exactement?

« C’est de la boxe plate, dit-il en riant. C’est d’être capable de gagner des rounds juste avec son jab. C’est la défensive avant l’offensive, les déplacements, ou juste de préparer son mouvement défensif dès que l’offensif est fait », vient-il expliqué.

En ajoutant du travail acharné, de la répétition et une panoplie de détails adaptés à chaque athlète, ça donne bien souvent des combats qui sont loin d’être « plate ». Demandez à Steve Claggett. Le Dragon est toujours spectaculaire, mais maintenant beaucoup plus incisif ; parfait en neuf combats, depuis qu’il s’est associé au Montréalais.

Au Plaza par lui-même

Cela ne date pas d’hier que Mike Moffa est roi et maître de ses affaires.

Passionné par le sport dès son enfance, il adopta le baseball, le hockey et éventuellement la boxe, à la fin des années 70. Passionné, mais aussi déterminé, car tout était à ses frais.

« Mon père ne voulait déjà rien savoir du sport et la boxe. À 10 ans, je payais de ma poche pour prendre l’autobus et me rendre au gym », se souvient-il, se remémorant d’autant plus de l’unique fois où son paternel est venu le voir boxer, au Centre Claude Robillard, dans un tournoi opposant l’équipe nationale canadienne à celle d’Italie.

Comptant toutefois sur le support de son entraîneur Dave Campanile, au gymnase Plaza olympique de la Plaza St-Hubert, Moffa a bien vite rentabilisé ses billets de bus. Dans les années 80, il fut sacré champion canadien à quatre reprises. Sur cet air d’aller, il passa dans les rangs payants au printemps 89.

Boxe, fête et coaching

L’aventure professionnelle fut cependant de courte durée. Après avoir remporté une première victoire contre l’Américain Lloyd Ratalsky, il s’inclina dès le second face au Dominicain Jose Arias. Bien qu’il reprît le chemin de la victoire en février 90 dans un combat local l’opposant à Hughes Daigneault, le cœur n’y est plus. Avec une fiche de 2-1 en trois combats, tous disputés à l’aréna Paul-Sauvé, il accroche ses gants.

« À la fin, je voyais tout ce que j’avais manqué [dans mon adolescence]. J’aimais la fête, le fun avec les filles, les clubs les amis… et tout ce qui vient avec. Ç’a été le sacrifice que je n’ai pas été capable de faire pour avoir une carrière de boxeur, parce qu’à 21-22-23 ans, j’ai voulu vivre ça quand j’étais à mon peak. »

La boxe était toutefois bien loin d’être sortie de sa vie.

« Mon coach a été comme un père, une mère et un ami pour moi. Il m’a permis de rester pour l’aider au gym. Comme entraîneur, l’effort n’est pas pareil, je n’avais pas de régime à faire alors je pouvais sortir, boire et coacher le lendemain », se souvient-il, alors que cette relation père-fils avec Campanile était très certainement réciproque.

« Quand il est mort, il m’a laissé son gym et c’est là que j’ai commencé à prendre ça plus au sérieux. »

«Le boxeur fait l’entraîneur»

Avec les années, la crème de la boxe québécoise passa au Plaza : Alcine, Pascal, Stevenson, Stiverne, name it. Toute bonne chose à toutefois une fin, le glorieux gymnase ferma ses portes au tournant des années 2000. Pour Mike Moffa, encore une fois, c’était cependant bien loin d’être la fin. Il passa par le Club Legend et ensuite à l’Underdog.

On le vit aux côtés de Dierry Jean, Ghislain Maduma, Mathieu Germain et plus récemment, avec Steve Claggett et Wilkens Mathieu. Ce dernier, avec son talent unique et sa volonté contagieuse, lui a même redonné le goût à la boxe après quelques jours plus sombres et pandémiques.

« Pour moi, le boxeur fait l’entraîneur. Les efforts qu’eux mettent font en sorte que les miens ont du sens », affirme-t-il, en reprenant l’exemple de Wilkens Mathieu.

« Il est du talent, des skills, il cogne et il travaille! Au top, ils ont tous du talent, alors s’il ne devient pas champion du monde, c’est qu’il aura arrêté de mettre les efforts. »

On ressortira ce texte dans quelques années, s’offrant le droit de rêver en attendant.

Les grands moments

Son entrée dans les ligues majeures? La victoire d’Ariane Fortin au Championnat du monde amateur de 2006. « Pour moi, c’est plus difficile d’être champion amateur que professionnel. Professionnel, tu peux éviter les meilleurs, attendre, choisir et gagner un titre vacant. Amateur, t’as pas le choix d’affronter les meilleurs ».

Un combat qu’il regrette? Sans parler de regret, il fait cette analyse du combat de championnat mondial entre Dierry Jean et Lamunt Peterson. « Ce soir-là, il aurait dû battre Lamont Peterson, mais Dierry, un peu comme moi, il aimait faire la fête… »

Sa plus grande victoire? C’est également celle dont il est le plus fier, car après la consécration, arriva la confirmation avec le deuxième Championnat mondial amateur d’Ariane Fortin, en 2008.

Son combat le plus stressant? Le combat éliminatoire entre Dierry Jean et Cleotis Pendarvis : « Il a été coupé au 2e round et je lui ai dit : ‘il faut que tu donnes tout, parce que ça pourrait aller à la décision après 4 rounds et le combat est serré… » Cinq minutes plus tard, soupir de soulagement, Jean l’emporta par K.-O. au 4e round à Miami.

La série complète

Homme de coin, partie I : les 12 travaux de Marc Ramsay