La semaine appartient à Steven Butler et Edgar Berlanga. Les deux cogneurs s’affronteront ce dimanche au Madison Square Garden de New York.
Ce combat marque les débuts du «Chosen One», Edgar Berlanga, avec Zuffa Boxing. Comme je le fais à longueur d’année, avec un cerveau réglé à 100 % sur la boxe, j’ai beaucoup réfléchi aux deux hommes sur le ring, mais très peu à leur affrontement. Je me suis plutôt attardé à la façon dont ils sont arrivés en boxe. Butler et Berlanga, c’est pratiquement la même histoire: les mêmes attentes, les mêmes promesses et, au bout du compte, des résultats similaires. C’est peut-être un cliché, mais nous sommes devant l’ultime combat à la croisée des chemins : le gagnant pourra recommencer à rêver à la gloire et aux millions, tandis que le perdant devra sérieusement réfléchir à son avenir.
photo: Zuffa Boxing – Edgar Berlanga vs Steven Butler
La carrière amateur
Le premier paragraphe de cette section semble contredire ma thèse, et c’est parfois sain de remettre sa propre opinion en question. La carrière amateur des deux hommes ne se ressemble pas. Edgar Berlanga présente une fiche de 162 victoires contre 17 défaites, preuve qu’il possède une base technique plus solide que plusieurs experts veulent bien lui reconnaître. Steven Butler, lui, était également un prodige chez les amateurs, mais les façons de faire, disons particulières, de Boxe Canada l’ont longtemps laissé derrière Custio Clayton. Il a donc choisi de passer chez les professionnels à seulement 18 ans.
Les débuts professionnels
On nous a présenté Steven Butler comme le «Sidney Crosby de la boxe», alors que Top Rank surnommait Edgar Berlanga «The Chosen One» et misait sur ses origines portoricaines pour en faire le successeur de Miguel Cotto au Madison Square Garden…
Voici ce que disait Bob Arum en 2020:
«Edgar Berlanga is the greatest power-punching phenomenon I’ve seen since the heyday of a young Mike Tyson.»
D’un côté, Camille Estephan construisait Eye of the Tiger autour de Steven Butler. Bang Bang enchaînait les titres de champion du monde jeunesse et remplissait les salles, de l’Olympia au Métropolis, en passant par Chicoutimi, le Lac-Leamy et Québec. Une grande partie des espoirs de l’organisation reposait sur ses épaules.
Photo: Boxing News – Jonathan Gonzalez Ortiz vs Edgar Berlanga
Bob Arum, lui, poursuivait un autre objectif: battre le record de KO au premier round de Mike Tyson. Les seize premiers adversaires de Berlanga se sont écroulés en quelques secondes, jusqu’à ce que Desmond Nicholson résiste à la tempête et entende finalement la cloche finale.
Les défaites
Les deux hommes étaient perçus comme de futurs champions du monde. Que s’est-il donc passé pour en arriver à ce combat où aucun des deux n’a le luxe d’une autre défaite ?
Steven Butler s’est incliné au Japon contre Ryota Murata puis aux États-Unis face à Zhanibek Alimkhanuly lors de ses tentatives de conquérir un titre mondial. Edgar Berlanga, sans vaincre Canelo Alvarez, a tout de même démontré une belle résistance en parcourant les douze rounds. Malgré tout, autant Butler que Berlanga ont exposé des lacunes importantes qui rendent difficile de les imaginer un jour champions du monde.
Puis, Edgar Berlanga a perdu une bonne partie de son aura de cogneur invincible face à Hamzah Sheeraz. Cette défaite soulève de sérieux doutes quant à sa place parmi l’élite des super-moyens.
Photo: Shutterstock – Ryota Murata vs Steve Butler
Nos deux boxeurs ont toutefois encore plusieurs points en commun. Ils demeurent extrêmement confiants, flamboyants autant sur le ring qu’à l’extérieur, attirent les foules et savent vendre des billets. Ils comprennent parfaitement le côté sport-spectacle de la boxe, aiment provoquer leurs adversaires et livrent généralement des combats spectaculaires.
Le verdict
Les deux boxeurs demeurent dangereux pour n’importe quel adversaire chez les 168 livres grâce à leur puissance de frappe exceptionnelle.
Ils ont dû composer avec des attentes immenses de la part de leurs promoteurs. Tous deux ont été présentés comme l’avenir de leur organisation, avant de voir cette image s’effriter lorsque le niveau de compétition a augmenté. Aujourd’hui, ils sont devenus des vétérans, possèdent toujours des briques à la place des poings et conservent un fort pouvoir d’attraction.
C’est précisément tout l’enjeu du combat de samedi soir: le gagnant reviendra dans la conversation avec l’élite de la catégorie et relancera sa carrière. Le perdant, lui, risque de glisser très loin dans la hiérarchie des 168 livres.
Photo: The Ring Magazine – Stephane Fondjo vs Steven Butler
Pour une rare fois, je n’arrive pas à prédire qui l’emportera. Les deux boxeurs vivent et meurent par leur force de frappe. Si j’avais encore le droit de parier au Québec, ma prédiction serait simple: ce combat ne dépassera pas le sixième round. Ou, si vous préférez, le premier qui touchera solidement remportera la victoire.