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Carnet de voyage: Leïla Beaudoin, chapitre 3 — Le premier regard

Samuel Décarie-Drolet - Punchcast

Le matin du 13 décembre n’a pas la même saveur…

Le sommeil a été court, mais suffisant.
Cette fois, on n’arrive plus.
Cette fois, on joue.

Leïla a bien dormi. Une chance. La journée sera longue, exigeante, épuisante.

À 7 h 30, un message texte :
Jean-François Gaudreault est réveillé.

Son rôle est clair. Chaque calorie compte. Chaque détail est calculé. À 8 h, on sort chercher des collations pour que Leïla ait du jus toute la journée. Le petit-déjeuner est simple, précis : une toast à l’avocat, du saumon fumé, des fruits. JF et moi faisons connaissance avec le buffet.

Si tout se passe bien, le matin de la pesée, elle pourra peut-être s’offrir un expresso et quelques noix.

JF ne panique jamais.
Il trouve toujours des solutions.
Ce n’est pas son premier rodéo.

Leïla lui fait une confiance aveugle.
Ensemble, ils n’ont jamais échoué.

Aujourd’hui, elle regardera Alycia Baumgardner droit dans les yeux.

Avant de quitter pour le face off, Leïla et moi partons courir. Un petit jogging, juste assez pour activer le corps, calmer l’esprit.

Photo: Jade Masson-Wong et Leïla Beaudoin

Pendant ce temps, Jade Masson-Wong — partenaire d’entraînement de Leïla, maintenant installée à Miami — passe chercher JF. Ensemble, ils partent faire les commissions. Tout ce qu’il faut pour cuisiner, rien de plus, rien de moins.

La route vers Coral Gables

À travers la vitre du camion, Miami défile comme une scène trop brillante pour ce qu’on est en train de vivre :
palmiers, voitures de luxe, villas entourées d’eau.

Puis l’adresse apparaît :
620 Arvida Parkway.

Un manoir de 80 millions de dollars américains.
Pas un gym.
Pas une salle de conférence.
Un décor digne d’un film.

Photo: Anthony Joshua, Leïla Beaudoin, Alycia Baumgardner et Jake Paul

MVP ne fait jamais les choses à moitié.

Les caméras sont là. Les techniciens aussi. La sécurité.
L’ambiance monte.

Dans le camion, on rit.
C’est notre marque de commerce.
La détente par le rire.
Mais l’intensité dans la mission.

Le théâtre des champions

Jake Paul entre.
Anthony Joshua aussi.

Deux mondes opposés.
Et pourtant, la foule est captivée.

Mais ce n’est pas pour eux qu’on est ici.

— Leïla, on t’appelle dans deux minutes.

Elle hoche la tête.
Elle sait exactement quoi faire.

Le face-à-face

Deux univers qui n’auraient jamais dû se croiser se retrouvent face à face, dans un manoir à Miami.

Le silence tombe.
Puis les regards s’ancrent.

Alycia parle. Beaucoup.
Leïla écoute.

Elle n’échappe aucune seconde.
Elle absorbe.
Elle calcule.
Elle sourit.

Les caméras crépitent.
Le temps se suspend.

Le contraste est frappant :
— l’ex-championne unifiée, bruyante, imposante ;
— la Québécoise calme, sous-estimée… à tort.

À cet instant précis,
le combat devient réel.

Photo: Alycia Baumgardner et Leïla Beaudoin

Retour au Fontainebleau — redescendre lentement

Dans la voiture, on rit.
On imite Alycia.
On transforme ses mots.
On les retourne à notre avantage.

Chacun digère à sa façon.

Leïla regarde par la fenêtre.
Elle revisionne la scène en boucle.

Elle sait.
Baumgardner viendra pour tout.
Elle aussi.

Alycia lui a dit :
« Je sais ce que c’est d’être l’underdog. J’ai encore et toujours ce feeling. »

De retour à l’hôtel, on se présente au comptoir. On change la chambre de Leïla. On veut un bain. Une cuisine. Il n’y en avait pas hier. Aujourd’hui, oui. Elle y sera mieux.

Elle replie ses bagages, elle qui se sentait déjà installée.
Mais l’effort en vaudra la peine.

Aucune autre activité aujourd’hui.
Changer de chambre.
Manger.
Un micro-entraînement, juste pour bouger.

La fight week commence à peine.
Mais une chose est déjà claire :

Le respect ne se donnera pas.
Il se prendra.

Demain, cardio facile.
Pas d’agenda.
Pas de caméras.