Il y a des journées où il ne se passe rien. Et pourtant, ce sont souvent les plus importantes.
Une journée sans promo, sans caméra, sans obligations publiques. Pour une boxeuse, ce vide apparent agit comme un révélateur. Le mental n’est plus distrait, il n’a plus où se cacher. Tout devient plus lent. Plus silencieux. Et paradoxalement, plus exigeant.
À 6 h 30, Leila nous texte son poids.
Elle s’est couchée à 142 lb. Elle s’est réveillée à 139,4 lb. Exactement là où on la voulait. JF a fait ses calculs comme un horloger. Le corps réagit bien, malgré le voyagement, malgré ce que l’avion peut provoquer comme rétention d’eau. Le lendemain matin, au moment où je révise ce texte avant de l’envoyer à Noé, elle est à 138 lb. JF est fort. Très fort.

Photo: Vincent Ethier – Leïla Beaudoin
La journée commence doucement. JF lui prépare le déjeuner dans sa nouvelle suite. Elle est bien installée, confortable, calme. Ce genre de détail compte énormément. Un athlète détendu commence déjà à récupérer.
À 9 h 30, on se retrouve pour un cardio léger en équipe. Leila aurait préféré le vélo, mais il n’y en a pas au gym. Ce sera l’elliptique. Un choix logique. Aucun impact, tout le corps engagé. Quand le poids commence à descendre, chaque décision vise à préserver l’essentiel.
Après le cardio, elle remonte dans sa chambre pour ses étirements. Elle a son application, sa routine, sa discipline. Chaque jour. J’ai déjà fait ces séances avec elle. Je me demande encore pourquoi je ne les fais pas quotidiennement tellement ça m’avait fait du bien. Une fois terminé, elle met son téléphone sur Ne pas déranger. Le repos aussi, ça se planifie.
Leila veut prendre un peu de soleil. Je ne suis pas un grand fan des athlètes qui passent des heures au soleil sans but précis. On y laisse de l’énergie sans même s’en rendre compte. Alors je la “supervise”. On descend tous au bord de la piscine. Je pars le chronomètre. On est encore loin du combat… mais rien ne doit être laissé au hasard.

Photo: DAZN – Cherneka Johnson
C’est là que Cherneka “Sugar Neekz” Johnson nous rejoint. Championne unifiée des poids coqs. Elle combattra elle aussi sur la carte, contre la Canadienne Amanda Galle.
Neekz et Leila sont de bonnes amies. Lors de sa dernière préparation, Neekz avait fait son camp à Montréal. Luc-Vincent Ouellet l’avait aidée en attendant l’arrivée de son entraîneur Craig Wilson. Russ Anber — nouvellement intronisé au Temple de la renommée — est son cutman. Mathieu Casavant, que vous connaissez bien, est son manager.

Photo: Jeff Lockhart – Luc-Vincent Ouellet et Imam Khataev
Durant ce camp, Neekz a mis les gants avec Leila et Caroline. Des liens se sont créés. De vrais. Aujourd’hui, les filles sont proches.
C’est d’ailleurs Neekz qui a présenté Rose à Leila lors de son passage à Montréal. Aujourd’hui, Rose travaille avec elle. Visualisation, respiration, détente, gestion du stress. Un travail silencieux, mais d’une valeur inestimable. Rose fait un bien incroyable à Leila.
JF a tout préparé: collations, repas, horaires. Leila mange généralement aux deux heures. Après le dîner, toujours au bord de la piscine, on part marcher jusqu’à la pharmacie. Elle veut des cornichons en sachet. En ce moment, elle est en water load. Elle boit énormément d’eau — autour de 6 litres par jour — et mange salé pour que le corps retienne l’eau. Quarante-huit heures avant la pesée, on coupe le sel et on réduit drastiquement l’eau. La veille, ce sera 500 ml. Pas plus.
Le corps, habitué à recevoir et évacuer beaucoup, continue de drainer. Sans sel, il évacue encore plus. C’est ainsi qu’on perd les dernières livres.
Très important : Leila ne fait jamais ça seule. Elle est entourée, suivie, encadrée par des gens expérimentés. Ne faites jamais ça à la maison.
Après la marche, Leila retourne se reposer. JF et moi faisons une petite tournée pour repérer les lieux des séances photos du lendemain. Anticiper, toujours.
Le soir, on soupe tous ensemble dans sa chambre. Football à la télé. Leila adore ça. Les Lions de Détroit affrontent les Rams de Los Angeles. Deux de ses équipes préférées.
Après le combat, elle restera deux jours de plus pour aller voir les Dolphins avec son conjoint, JS. Il est bon, son conjoint. Présent. Solide. Il l’épaule comme il faut. J’en reparlerai. Il mérite plus que deux ou trois lignes dans un texte.
La journée se termine comme elle a commencé: calmement.
Pas de promo. Pas de bruit. Pas de tension apparente.

Photo: Samuel Décarie-Drolet – Vue du balcon…