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Carnet de voyage: Leïla Beaudoin, Chapitre 5 — Rester vraie quand tout fait du bruits

Samuel Décarie-Drolet - Punchcast

Le 15 décembre, sera une journée intense.

Les caméras, les micros, les regards. Le genre de journée où une boxeuse peut facilement se perdre dans le personnage qu’on attend d’elle.

Mais Leïla, elle, ne joue pas.

Quand elle fait face aux médias, elle ne se transforme pas en produit. Elle devient simplement une version encore plus consciente d’elle-même. Calme. Maîtrisée. Présente. Les questions sont parfois lourdes, parfois répétitives, parfois maladroites. Elle les accueille sans se dénaturer. Elle choisit ses mots avec intelligence, mais surtout avec honnêteté. Ce qu’on voit, ce qu’on entend, c’est elle. Pas une façade. Pas un script.

Pour nous, l’enjeu est clair : protéger cette authenticité sans l’enfermer.

Laisser passer ce qui doit passer. Couper le bruit inutile. Préserver son énergie. Parce que chaque entrevue coûte quelque chose, même quand tout semble facile.

La journée commence bien. Le poids est bon. JF s’occupe du déjeuner. Rose passe pour une séance. Quand elle repart, Leïla est détendue, relâchée, focus. Exactement là où on la veut. Elle aura besoin de cette clarté pour traverser la journée.

Photo: MVP – JF Gaudreau, Leïla Beaudoin, Samuel Décarie-Drolet, Jade Masson-Wong

JF et moi passons la voir. Son état parle de lui-même. JF part ensuite faire les commissions pour la nourriture. De mon côté, je retourne travailler. Même loin du gym, je reste branché : étude vidéo, planification, anticipation. Shawn Collinson prend le relais pendant mon absence. Une chance qu’il soit là. Dans ces moments-là, une équipe solide, ça change tout.

À l’heure du dîner, on se retrouve dans la chambre de Leïla. JF, Jade, Lazara et moi. Lazara, c’est plus qu’une maquilleuse. Elle suivra Leïla tout au long des séances médiatiques, et surtout, elle apporte une énergie calme, rassurante. Leïla l’adore.

Quand on arrive pour les entrevues, le manège commence. Trois stations. Photos. Vidéos. Rideau vert.

Photo: Samuel Décarie-Drolet – Leïla Beaudoin

On détend l’atmosphère. On rit. L’esprit d’équipe est léger, naturel. Les gens ne sont pas habitués à voir ça. Trop souvent, la pression rend les équipes rigides. Nous, on reste nous-mêmes.

Et Leïla assure.
Comme toujours.

Elle ne force rien. Elle ne surjoue pas. Elle est professionnelle, oui, mais surtout vraie. Ce qu’elle dégage devant les caméras, c’est la même personne que celle qu’on voit au quotidien. C’est rare. Et c’est puissant.

Après les entrevues, chacun reprend son rythme. Jade retourne à la maison. JF se repose. Leïla aussi.

Photo: Samuel Décarie-Drolet – Leïla Beaudoin

À 18 h, on soupe. Puis, à 19 h 30, on se retrouve dans une salle vide de l’hôtel pour un entraînement technique. Pas de public. Pas de bruit. Juste le travail. Le double olympien brésilien Keno Marley, qui fera ses débuts professionnels le 19 décembre prochain, nous demande s’il peut partager la salle avec son équipe. Nous les accueillons les bras ouverts. À la fin de l’entraînement, JF et moi sommes même invités à nous joindre à Leïla pour une séance d’étirements. Un défi que nous avons relevé avec enthousiasme… mais qui nous a vite rappelé que notre souplesse n’est plus tout à fait celle de nos jeunes années.

Leïla est aiguisée. Rapide. Puissante.
J’aime beaucoup ce que je vois.

Mais je garde ça pour moi.

Je veux qu’elle continue à pousser.
Je veux qu’elle garde cette mentalité d’underdog.

Parce que rester vraie, sous les projecteurs,
c’est déjà une victoire.
Et le reste… ça s’en vient.