16 décembre, 19 h 25 — MVP Showcase, LIV Nightclub
Avant chaque grande bataille, il arrive un moment où l’athlète ne peut plus se cacher.
Plus d’excuses.
Plus de portes fermées.
Plus d’angles morts.
La lumière s’allume.
La foule est là.
Le test n’est plus physique, il est social.
6 h 45 — Le corps se met en marche
Leïla est debout tôt. Très tôt.
À 6 h 45, un texto apparaît sur nos téléphones. Elle est déjà en mode combat.
JF la rejoint sans broncher et lui prépare le déjeuner. Rien n’est laissé au hasard. Chaque bouchée compte. Chaque heure aussi.
De mon côté, je joins l’utile à l’agréable. Je pars courir avec Mathieu Casavant. Il est ici à plusieurs titres, mais surtout comme manager de Sugar Neekz. Il me propose une course facile. Max 5 km, dit-il.

Photo: Matt Casavant / IG – Avec Cherneka Johnson
Je le berne.
On en fait 7,5.
Miami se réveille pendant que nous transpirons. Le corps chauffe, la tête se place.
Caméras, café et contrôle
De retour à l’hôtel, je passe chercher Michelle Joy Phelps dans le lobby. Direction la chambre de Leïla. Pendant une vingtaine de minutes, elles discutent devant la caméra. Naturelles. Posées. Authentiques.
Tout se passe à merveille.
Leïla continue de manger aux deux heures, sous l’œil attentif de JF. À 10 h 30, elle fait 30 minutes de cardio pendant que JF pousse de la fonte de son côté. Chacun son rôle. Chacun son tempo.
Au retour : dîner.
Pour moi : récupération des accréditations nécessaires pour la semaine et régler 2-3 petits détails.
L’organisation, c’est invisible… jusqu’au moment où ça ne l’est plus.

Photo: Samuel Décarie-Drolet – Marie-Christine Gougoux avec Leïla Beaudoin
Attendre les piliers
On attend Dre Marie-Christine Gougoux. Son vol atterrit à 12 h 15 à Miami.
Le chauffeur Julian, toujours élégant, est à l’aéroport pour accueillir Marie-Christine.
Je commande du UberEats. Les restaurants à proximité sont hors de prix et je veux qu’elle soit bien reçue. Elle est si fantastique, elle le mérite.
Mais UberEats se trompe. Encore. Troisième erreur de la semaine.
Au lieu de plats méditerranéens : une soupe pho.
On nous rembourse, dans ce temps là, ca ne coûte pas trop cher. Je repasse la commande pour que tout le monde mange.
Pendant ce temps, je pense à Marie-Christine.

Photo: Marc Ramsay / IG – Christian Mbilli et Francis Fontaine
Je l’ai rencontrée il y a plusieurs années grâce à son feu mari, le Dr Francis Fontaine. Notre médecin d’équipe. Un passionné. Bienveillant. Généreux. Drôle. Il avait ce sens de l’humour bien à lui. Avec lui, on ne s’ennuyait jamais.
Il suivait des équipes nationales, du ski acrobatique jusqu’aux fameux Canadiens de Montréal. Il était bon. Très bon. Et en demande.
On dit souvent que derrière chaque grand homme se cache une grande femme.
Avec Francis, la grande femme n’était pas derrière. Elle était à ses côtés.
Ensemble, ils ont fondé la clinique Chiromedic, à Laval. Une clinique multidisciplinaire où médecins, chiropraticiens et physiothérapeutes travaillent sans barrières. Résultat : on vous remet sur pied plus vite. J’adore cet endroit. Quand tu te fais taper dessus par des mastodontes à longueur de journée, ton corps s’en souvient.
Dre Gougoux est docteure en chiropratique, diplômée de l’UQTR, lauréate à répétition. Elle est exceptionnelle. Son énergie, l’attention qu’elle porte aux gens, son sourire…Tout le monde l’aime. Ski acrobatique, tennis, boxe — tout le monde veut l’amener partout.
Malheureusement pour les autres, elle ne se divise pas.
Cette semaine, elle est avec nous.

Photo: Vincent Ethier – Leïla Beaudoin vs Elhem Mekhaled
Le combat qu’elle a sauvé
C’est le deuxième camp où elle travaille avec Leïla.
Lors du combat contre Elhem Mekhaled, l’intensité du camp avait rattrapé Leïla. Son physio habituel, Bastien, était en voyage. Elle était maganée. Sérieusement.
J’étais à deux doigts d’annuler le combat.
J’ai appelé Marie-Christine. Elle n’avait pas encore repris à temps plein après le décès de Francis. Sa réponse a été simple, humaine, immense :
« Sam, je n’ai pas recommencé à traiter des patients…
mais je vais voir Leïla pour toi. »
Les personnalités de Leïla et Marie-Christine ont cliqué instantanément.
Elle a sauvé ce combat.
Et je crois qu’elle s’est aussi rappelée pourquoi elle fait ce métier.
Traitement, timing et gigantisme
À son arrivée, JF et moi l’aidons avec ses bagages. Direction immédiate : la chambre de Leïla. L’horaire est tissé serré. C’est le moment pour le traitement.
Pendant qu’elle travaille, je vais faire l’enregistrement de sa chambre.
Après le traitement, Marie-Christine engloutit la soupe pho reçue par erreur.
Puis direction les bureaux de MVP pour la signature d’affiches.
Elle est impressionnée.
Nous aussi, encore.
Des photos immenses de Leïla tapissent les murs de l’hôtel.
Gigantesques. Inévitables.
Impossible de se cacher.
Repos imposé
Entre 16 h et 17 h, Leïla se repose.
Repos imposé.
Pas négociable.
Elle doit rester focus.
Jade arrive après son entraînement. Jean-Sébastien, le conjoint de Leïla, nous rejoint aussi. À 17 h, c’est le souper. Simple. Efficace.

Photo: MVP – Leïla Beaudoin
À 18 h 25, on se prépare pour l’entraînement public.
19 h 25 — Dix minutes pour montrer qui tu es
Le LIV Nightclub.
Un lieu improbable pour un entraînement de boxe.
Lumières. Bass. Écrans. Foule.
Les boxeurs passent un à un. Dix minutes chacun.
Dix minutes pour dire au monde : voici qui je suis.
Il y a une carte de boxe la même soirée. Initialement, les entraînements publics devaient se faire entre les combats. Mais l’ambulance est coincée dans le trafic de Miami. Impossible de commencer le gala sans elle.
Alors on s’adapte.
L’énergie est électrique.
Leïla bouge.
Elle frappe.
Elle respire.
Tout est là. Le rythme. Le regard. La confiance.
Elle ne force rien. Elle habite l’espace.
Puis direction une salle de conférence. Leïla est assise devant un podium, micro à la main. Une douzaine de journalistes lui posent des questions. Elle répond calmement. Solidement. Elle fait bien cela, elle nous impressionne, elle semble parfaitement en contrôle.
Retour au calme
De retour à l’hôtel, l’excitation se mélange à la fatigue.
Marie-Christine masse Leïla une dernière fois.
Puis tout le monde va se coucher.
Mine de rien…
c’était une très bonne journée.