Le 31 janvier prochain, au mythique Madison Square Garden, Shakur Stevenson s’apprête à relever l’un des plus grands défis de sa carrière.
Celui qui a fait ses débuts professionnels en 2017 à 126 lb montera sur le ring à 140 lb, avec en ligne de mire une place parmi l’élite d’une quatrième catégorie de poids.
Une division des super-légers qui retient d’ailleurs une attention toute particulière au Québec. Les amateurs d’ici suivent de près cette catégorie relevée où évoluent plusieurs boxeurs bien connus de la scène locale, dont Arthur Biyarslanov, Jhon Orobio, Mazlum Akdeniz, Steve Claggett et Mathieu Germain, pour ne nommer que ceux-là. Autant dire que ce duel entre Stevenson et Lopez s’inscrit dans une division qui ne laisse personne indifférent chez nous.
Médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Rio 2016, Stevenson n’a plus rien à prouver sur le plan technique. Champion du monde à 126 lb, 130 lb et 135 lb, il s’est imposé comme l’un des boxeurs les plus raffinés de sa génération. Déplacements millimétrés, lecture du combat exceptionnelle, défensive hermétique et taux d’efficacité parmi les plus élevés du circuit : Shakur Stevenson est un chirurgien du ring.

Photo: Boxing News 24/7 – Shakur Stevenson
Mais cette montée à 140 lb soulève une question centrale :
sa boxe suffira-t-elle face à un adversaire naturellement plus puissant et explosif ?
D’autant plus que Stevenson a tenu à envoyer un message clair à Turki Alalshikh, lui promettant qu’il ne le verrait jamais « jouer au chat et à la souris ». Une déclaration lourde de sens, qui laisse entendre que le champion américain est prêt à s’asseoir dans la poche, à accepter des échanges plus musclés, et à démontrer qu’il peut aussi imposer le respect autrement que par la seule finesse de sa boxe.
Car en face, Teofimo Lopez n’est pas un client facile.
Ancien champion du monde unifié chez les légers, Lopez avait marqué l’histoire en infligeant une défaite nette aux points au légendaire Vasiliy Lomachenko, un gaucher rusé et mobile. Un profil qui peut rappeler, à certains égards, celui de Stevenson.
En 2023, Lopez a confirmé sa grandeur en dominant Josh Taylor, alors invaincu, pour s’emparer du titre mondial WBO des 140 lb.
Lopez, c’est tout l’inverse de Stevenson. Flamboyant, explosif et athlétique, il aime imposer son rythme, surprendre et frapper fort au bon moment. Là où Stevenson déconstruit, Lopez déséquilibre.

Photo: Boxing News 24/7 – Turki Alalshikh
Le contraste de styles est fascinant :
• la maîtrise et le contrôle contre l’instinct et la puissance,
• le tempo lent et calculé contre les accélérations soudaines,
• la précision contre le chaos organisé.
Stevenson n’est pas reconnu comme un grand cogneur et peut parfois laisser filer des rounds en lançant peu. À 140 lb, ce luxe pourrait coûter cher. Lopez, lui, n’a besoin que d’un instant pour faire basculer un combat.
Cette grande soirée de boxe est une présentation de The Ring, en copromotion avec Top Rank et Matchroom, et la carte promet d’être à la hauteur de l’événement principal.
Parmi les autres affrontements très attendus, on retrouve notamment Keyshawn Davis vs Jermaine Ortiz, Carlos Adames vs Austin Williams, ainsi que Bruce Carrington vs Carlos Castro. Une sous-carte relevée qui, à elle seule, justifie le détour.

Photo: ESPN – Teofimo Lopez
Le boxeur américain Jarrell “Big Baby” Miller sera également de la carte. Un nom qui suscite toutefois un certain malaise. J’ai toujours de la difficulté avec les boxeurs qui ont testé positifs à des substances dopantes visant à améliorer leurs performances. Dans le cas de Miller, les faits étaient indéniables. Et pourtant, on continue de lui redonner des chances, de le mettre de l’avant, de lui offrir des combats lucratifs. Personnellement, ça me fait mal au cœur, autant pour la crédibilité du sport que pour les athlètes qui, eux, choisissent de faire les choses de la bonne façon.
Alors, la marche est-elle trop haute pour Shakur Stevenson ?
Ou assisterons-nous à la naissance d’un champion du monde dans une quatrième division, une rareté qui redéfinirait son héritage ?
Une chose est certaine :
ce combat est bien plus qu’un affrontement de talents.
C’est un test de styles, de tempéraments et de limites…