Il y a quelque temps, le boxeur d’origine française Moreno Fendero m’a posé une question simple, presque anodine en apparence : « Est-ce que tu feras un jour un article sur pourquoi les boxeurs français viennent à Montréal ? »
Mais la question ne s’est pas arrêtée là.
Elle a ouvert la porte à une longue conversation. Une discussion vraie, sans filtre, où il m’a expliqué pourquoi lui avait fait ce choix. Pourquoi il avait quitté son pays. Et surtout, ce que ce départ lui apportait, à lui… comme à tous ceux qui osent faire le même saut.
Très vite, une phrase m’a marqué.
« Avant, je collectionnais des médailles sportives… et en tant que militaires, des honneurs.
Pourtant, j’ai choisi un autre chemin : mettre autour de mon cou une ceinture de champion du monde et être reconnu par le monde de la boxe. »
Car partir, dans ce sport comme dans la vie, n’est jamais anodin.

Photo: Vitor Munhoz – Moreno Fendero
Quitter son pays, laisser derrière soi sa famille, ses repères, tout ce qu’on a construit, pour aller se reconstruire ailleurs… ça demande une forme de courage que peu possèdent.
Pourquoi Montréal?
Le besoin de changer d’air… et d’école
Selon Moreno, avant même de parler d’opportunités, il y a ce besoin profond de renouveau.
Changer d’environnement, c’est changer de regard. Découvrir une autre façon de boxer. Une autre école. Une autre manière de penser le sport.
La France reste un immense bassin de boxe, particulièrement en boxe olympique. Le système amateur y est très solide, structuré et performant.
Mais il m’expliquait aussi une réalité propre à ce système : tout le monde se connaît. Tout le monde s’est affronté. Les chemins sont souvent déjà tracés.

Photo: Vitor Munhoz – Moreno Fendero (à gauche)
À un moment, certains ressentent le besoin de sortir de ce cadre pour continuer à évoluer, voir plus loin.
Le plafond de verre du professionnalisme en France
C’est là que son discours devient encore plus concret.
Aujourd’hui, la boxe professionnelle en France peine à offrir un véritable terrain de développement stable.
Il y a peu de promoteurs solides et fiables. Les diffuseurs peinent à embarquer dans l’aventure. Et surtout, il semble y avoir peu ou pas de sécurité (financière).
Moreno me parlait de cette incertitude constante, mais aussi de la difficulté à bâtir quelque chose de durable.
Montréal : un choix réfléchi, pas un hasard
Quand il parle de Montréal, le pugiliste ne parle pas d’un coup de tête.
Il parle d’un choix.
« Quand j’ai signé avec Eye of the Tiger, je savais que ce serait une longue route. À 23 ans, convaincre mes proches n’a pas été facile. Mais ils ont toujours respecté mes choix.
Mon entraîneur en France avait une totale confiance en Marc Ramsay et son équipe. Le travail qu’ils ont fait avec Christian Mbilli, c’était incroyable… c’est sur cette base que j’ai pu construire ma carrière. »

Photo: Vitor Munhoz – Mark Ramsay et Moreno Fendero
Ici, il m’expliquait qu’il a trouvé ce qui lui manquait ailleurs : une stabilité, une direction, une vision.
Et il n’est pas le seul longtemps. D’autres boxeurs comme lui, ou encore Jhon Orobio, ont fait ce pari.
Quitter le nid… pour voler plus haut
Ce qui revient souvent dans ses mots, c’est cette idée de rupture nécessaire.
« Comme Jacques Cartier qui a débarqué au Québec en 1534, nous aussi Jhon et moi, en 2023, avons débarqué dans ce nouveau monde.
On doit apprendre à se débrouiller seul, découvrir de nouveaux magasins, s’adapter à une nouvelle vie et à un nouveau langage.
Là, tu grandis plus vite que prévu. »
Quitter le nid familial, ce n’est pas seulement changer de pays. C’est aussi changer de dimension.
Tu apprends à te redéfinir, tu dois faire fi de certaines distractions et tu dois devenir entièrement responsable de ton parcours.

Photo: Vitor Munhoz – Moreno Fendero
On est jamais vraiment seul
Mais dans ce saut vers l’inconnu, il y a aussi des rencontres qui changent tout.
« J’ai eu la chance de rencontrer Jhon Orobio, « la poule mouillée », qui m’a énormément aidé dans cette adaptation.
Parfois on croit qu’on avance mieux seul, sans avoir personne à gérer. Mais en réalité, à deux, on avance plus vite, on est plus fort. Je lui dois beaucoup.
Partager ce rêve à deux, c’est moins de solitude et plus de force. »
Dans un sport aussi individuel que la boxe, cette solidarité devient une arme invisible. Ça aide à gagner plusieurs combats et pas juste dans le ring.
Un environnement qui change tout
À Montréal, il m’a décrit bien plus qu’un gym.
Il parle d’un environnement structuré, d’une équipe complète passant de préparateur physique à physiothérapeute… un cadre bien pensé pour performer.

Photo: IG – Jhon Orobio, Arslanbek Makhmudov et Moreno Fendero
Et ça change tout.
Se sentir loin… sans vraiment l’être
Et malgré la distance, il y a une familiarité. Quand j’ai abordé la question il m’a parlé de se sentir sur les traces de Samuel de Champlain, sous le règne de Henri IV. Il m’a parlé de la langue plus familière (que s’il était allé aux États-Unis), de la culture… même de l’ouverture d’esprit.
On est loin… mais pas complètement déraciné.
Partir pour mieux se retrouver
Au fond, ce que Moreno m’a fait comprendre, c’est que ce choix dépasse la boxe.
Quitter pour mieux reconstruire, c’est une démarche personnelle.
Partir loin… pour se rapprocher de soi-même, de ses objectifs. Des objectifs de performances, mais aussi de ses objectifs à atteindre en tant qu’homme.
Et dans ce parcours, une vérité s’impose : on ne devient pas seulement un meilleur boxeur.
On devient une meilleure version de soi.

Photo: Vitor Munhoz – Moreno Fendero et son équipe
Je repense souvent à cette idée comme quoi les mots sont parfois plus puissants que les armes.
Mais dans le cas de Moreno, je le ressens autrement: un gant de boxe est plus fort que les armes.