J’en ai fait des palmarès d’espoirs dans ma vie. Dans d’autres sports, ça allait tout seul: trois, quatre noms revenaient toujours, les experts s’entendaient, pis on passait à autre chose.
Mais là, je me lance dans un tout premier top 10 sur la boxe québécoise. Et honnêtement, je pensais pas que ce serait aussi compliqué.
J’ai parlé à des coachs, des recruteurs, des anciens boxeurs, des gars de gymnase. Y’en a pas deux qui voyaient les choses pareil. Certains me parlaient du talent brut, d’autres du mental, d’autres encore de la discipline, ou du «p’tit quelque chose» qu’on peut pas vraiment expliquer mais qu’on reconnaît tout de suite quand on le voit.
Pis à force d’écouter tout le monde, j’ai fini par comprendre une chose: le Québec déborde de jeunes boxeurs qui ont faim. Des gars (et des filles) qui s’entraînent dans l’ombre, qui rêvent de briller sous les projecteurs, pis qui sont prêts à tout pour y arriver.
Alors voici, sans prétention mais avec une bonne dose de passion, mon premier Top 10 des espoirs de la boxe québécoise.
Pas une vérité absolue. Pas un classement gravé dans le marbre. Juste une photo du moment, prise par moi-même qui rêve de revoir le sport remplir des arénas, qui le suit de près, pis qui croit dur comme fer que l’avenir de la boxe au Québec s’annonce prometteur.
J’ai volontairement laissé de côté ceux qui sont déjà rendus trop proches d’un combat de championnat du monde. Le but ici, c’est de vous montrer qui sera au sommet demain.

Photo: IG – Osleys Iglesias
Osleys Iglesias, Arthur Biyarslanov, Dzmitry Asanau: ces gars-là sont déjà assis dans la salle d’attente des gros combats.
Pis les autres, les classés officiels… oubliez ça, on peut plus les mettre dans la catégorie «prospects». Je dois d’ailleurs me grouiller à écrire parce que c’est une question de semaines avant que Wilkens Mathieu, Moreno Fendero et Jhon Orobio se ramassent dans les classements du mois d’avril.
Championne du palmarès
Tammara Thibeault (4-0, 3 KOs) a terminé au premier rang de tous les experts que j’ai consultés. D’ici 2028, elle sera championne unifiée chez les 160 livres et part favorite pour remporter les Jeux olympiques de Los Angeles.
1-Jhon Orobio (16-0, 14 KO)
C’est le prodige de la boxe québécoise, on comprend bien pourquoi EOTTM et le Ring Magazine voient aussi grand pour lui. Il est seulement âgé de 22 ans et son dévouement pour la boxe est complet. Après avoir quitté la Colombie pour s’installer ici à Montréal, il n’a fait que progresser et démolir tous les défis devant lui, démolissant au travers les comparables de plusieurs champions du monde. Il frappe fort, il ne néglige absolument rien à l’entraînement et il a cet instinct du tueur… le petit déclic qui le fait passer dans un autre monde et qui le rend pratiquement invincible durant un moment.
Potentiel: Orobio sera champion du monde et nous donnera des combats d’anthologie avec les Teofimo Lopez, Richardson Hitchins, Adam Azim et autres prodiges de sa division.

photo: IG – Jhon Orobio
2-Wilkens Mathieu (15-0, 10 KO)
L’heure est arrivée pour le grand défi et une finale au centre Vidéotron en juin prochain. Les rumeurs vont bon train, l’adversaire pourrait être Sergey Derevyanchenko, Kevin Lele Sadjo, Esquiva Falcao ou même Diego Pacheco…. C’est tellement énorme que je me dis que je préfère attendre un peu avant de m’énerver.
Il mérite le no 2 de mon prestigieux palmarès, il est très intelligent et comprend très bien le sport de la boxe. Il cogne dur, possède le gabarit, la vitesse et un atout principal… son entraîneur est un génie, Giuseppe Moffa. J’ai déjà déclaré que le Centre Vidéotron, s’il ne voit jamais les Nordiques, aura été construit pour Wilkens Mathieu.
Sa majesté Turki Alalshikh et le Ring Magazine supportent sa carrière. Être bon c’est la première chose, pour réussir en boxe ça prend aussi de la visibilité et des dollars. Une revue et un prince ne peuvent donc pas nuire.

Photo: Vitor Munhoz – Wilkens Mathieu
3-Omar Zaatiti Alieh (3-0, 3 KOs)
Ce choix est validé par nul autre que le légendaire Robert Garcia et le hall of famer Russ Anber. C’est raconté sur le podcast « Le dernier round », Omar Alieh a mis les gants face à Brandun Lee à de multiples reprises et a laissé le regard de Robert Garcia ébahi. Même chose face à Josh Taylor où il a très bien fait, à un point où les Écossais voulaient nous le voler et le garder pour eux. Son expérience amateur est importante pour son positionnement dans ce classement ; il pourrait gagner les Olympiques en 2028 s’il choisit de mener les deux carrières en parallèle.
Gaucher, frappeur redoutable et habile en défense. Le genre de talent qui passe pas souvent en boxe québécoise.
Picasso évolue chez les 147 livres et son inspiration est Pernell Whitaker. Bonus : il est entraîné par un technicien en qui j’ai une grande confiance pour mener un prospect vers l’excellence.
Photo: Tapology – Omar Zaatiti Alieh
4-Derek Pomerleau (15-1, 11 KOs)
Il a perdu son dernier combat face à Dylan Biggs, mais je ne désespère pas sur la fierté de Châteauguay. Il a beaucoup d’atouts, il cogne dur, est doué défensivement et — c’est important pour moi dans un palmarès — son entraîneur est Stephan Larouche, qui n’a plus de preuves à faire quant à ce qui est de monter une carrière vers un championnat du monde.
Je prédis un bel avenir à «Slick» et je sais qu’il est déjà à l’entraînement pour nous arriver avec une version 2.0 de sa boxe. L’expérience acquise au tournoi Grand Prix est précieuse et lui confère une longueur d’avance sur bien des boxeurs de sa division.
Bonus : il vient d’un tissu familial serré avec que des bonnes personnes qui l’entourent.

Photo: Vitor Munhoz – Derek Pomerleau
5-Wyatt Sanford (6-0, 2 KOs)
Le gaucher de Kennetcook coche toutes les cases pour s’établir dans mon top 5. Tout est là, grande expérience amateur, médaille d’or olympique, promoteur international en EOTTM. Il fait beaucoup de choses bien, voire, il fait tout bien : son jab actif et précis, le contrôle de la distance, les déplacements latéraux et calculés, même sa pression est progressive et intelligente.
Même ses combinaisons 1-2 sont exécutées comme dans les livres avec une sortie sécuritaire.
Je résumerais pour l’image : c’est un technicien mobile avec une pression maîtrisée et un sens du combat élevé.
Il ne peut pas rater son coup chez les professionnels.
Photo: Global News – Wyatt Sanford
6-Keoma Al-Ahmadieh & Marie Al-Ahmadieh
Fait plutôt inusité dans un top 10 de prospects québécois, un duo frère-sœur arrive au 6e rang ; encore plus inusité, ce sont deux boxeurs olympiques.
«Keoma Ali est le seul boxeur amateur au Canada que des boxeurs ont refusé d’affronter pour plus de 1 000 $ lors d’un gala de boxe. C’est un boxeur avec un gros QI, très discipliné, qui travaille fort au gym. On peut le comparer à une Lambo : il passe de 0 à 100 km/h en une seconde. Marie avance comme si le ring lui appartenait déjà. Elle a une présence qui fait trembler ses adversaires, une énergie de prédateur. Son premier round est comme son dernier, toujours à 100 %. Elle possède un calme rare qu’on voit chez les grandes boxeuses.» — El-Mostafa Lyousfi
La rumeur veut qu’un promoteur québécois soit déjà à leurs trousses depuis 2023, mais le sympathique duo veut gagner 2 médailles d’or aux Jeux olympiques de 2028 avant de tourner chez les professionnels.

Photo: IG – Marie Al-Ahmadieh
7-Moreno Fendero (14-0, 10 KOs)
Il est brutal dans le ring, mais je considère qu’il a cette personnalité et ce charisme qu’on ne peut pas apprendre. Moreno, t’as envie qu’il devienne ton meilleur ami après seulement l’avoir vu sourire à la télévision.
Il possède le gabarit, l’expérience amateur, Marc Ramsay et une panoplie de partenaires de sparring de qualité à Montréal dans sa division de poids. Maintenant qu’il a l’expérience des combats de 10 rounds face à William Langston et Shawn McCalman, ça ira très vite pour lui. On en vient à oublier qu’il a seulement 26 ans ; fait non négligeable, selon des infos internes, ce serait l’athlète le plus complet chez EOTTM selon des tests scientifiques.
Il frappe dur, est beau comme un cœur et possède ce charisme dont les Québécois aiment s’enticher. En plus d’évoluer chez les 168 livres, une division qui crée des superstars et des millionnaires.
Photo: Vitor Munhoz – Moreno Fendero (à gauche)
8-Keven Beauséjour (2-0, 2 KOs)
« Il représente parfaitement l’école du Gym The Corner… beau à voir, efficace, avec une très belle défense, un tueur à sang-froid. » — El-Moustafa Lyousfi, entraîneur
Hot Sauce évolue chez les 175 livres ; lors de son parcours amateur, je me souviens que plusieurs parlaient de lui comme d’un éventuel champion du monde. 70 combats amateur, 4 championnats nationaux et des victoires face à Raphaël Courchesne et Lexson Mathieu. Keven n’est pas un bagarreur ou un boxeur classique, c’est un surdoué qui se présente dans un ring pour toucher sans être touché. Son calme est légendaire, sa défense étanche et il explose au bon moment. Un autre produit du gym The Corner situé à Rosemont, ce qui me rend encore plus fier de mon quartier. EOTTM a une réelle expertise dans la division des 175 livres, qui profitera aussi à celui qui se compare à une sauce piquante.
Photo: Vitor Munhoz – Keven Beauséjour
9-Kirill Bazhenov (4-0, 1 KO)
« Kirill est un excellent espoir pour plusieurs raisons. Le fait qu’il est extrêmement discipliné, avec un bagage amateur européen ainsi que canadien. Il a appris des techniques d’entraînement qu’il applique constamment au gymnase. Il a la technique, la vitesse et le ring IQ. Il a servi de partenaire d’entraînement pour George Kambosos. » — Matt Casavant du podcast Le Dernier Round
C’est la science ukrainienne qui se mélange à l’agressivité et à la prise du centre du ring qui caractérise les boxeurs du Ring 83. Je l’ai mis 9e parce qu’il est encore frêle physiquement et que le passage chez les pros semble moins évident pour son style de boxe. Mais je peux comprendre : il est arrivé ici seul, venu d’un pays en guerre. Ça doit déstabiliser.
Je mise sur certains points importants pour le considérer comme un énorme prospect: la présence d’un entraîneur de haut niveau, Russ Anber et Matt Casavant dans son entourage, l’énorme bagage en Ukraine et sa personnalité. Il semble prêt à travailler et à payer le prix à l’entraînement. Le reste suivra : la maturité physique et l’adaptation à la boxe pro.
Photo: IG – Kirill Bazhenov (à droite)
10-Alessia Mansueto
Oui, j’ai un faible pour le mythique Ring 83. Il faut dire que David Lemieux a mis de l’avant leurs couleurs, le bordeaux et or. Vous connaissez mon amour de la boxe féminine avec le podcast 120 secondes. J’ai tout regardé ce qui s’est fait sur Alessia: originaire de Montréal, cette jeune boxeuse de 20 ans fait déjà partie de l’élite amateur canadienne. Championne canadienne et membre de l’équipe nationale du Canada, Mansueto possède un parcours international impressionnant pour son âge. En entrevue, elle est calme et posée ; sur le ring, c’est une fauve: chaque coup est lancé pour faire mal. Elle pourrait emprunter le surnom de Jermaine Taylor, qui se faisait appeler «Bad Intentions».
Elle a cette boxe agressive et ce petit côté où elle aime la bagarre à certains moments dans les combats. Elle rêve toujours aux Jeux olympiques de 2028 où elle est un espoir de médaille.
Photo: IG – Alessia Mansueto
Réflexion de l’auteur
Je prétends que la boxe n’a jamais été aussi en santé qu’elle l’est présentement au Québec, même si le public est dur à asseoir dans les sièges lors des soirées de boxe.
EOTTM a 25 boxeurs sous contrat, dont plus d’une quinzaine dans les classements et étant déjà rendus au combat sur 10 rounds.
GYM veut faire 7 soirées en 2026 et semble avoir une entente avec Rival Boxing et le Ring 83 pour garder actifs leurs boxeurs. Avec Barrière, Akdeniz et Loïck Lahaie, qui auraient bien pu percer mon classement aussi. C’est intriguant de voir si Yvon Michel peut refaire le coup de se relever quand on le croyait mort.
NEW ERA va annoncer trois dates et investit pour lancer Guillaume Gosselin, qui possède la moustache et le charisme. Si jamais Derek Pomerleau se bat pour lui, Yan Pellerin lancera lui aussi quelques carrières.
Donc si je calcule, c’est environ 40 boxeurs professionnels qui ont des ramifications avec un promoteur québécois. Sans compter les Clavel, Thibeault, Veyre, qui ont un promoteur étranger, ou les Germain et Houle, qui jouissent d’un statut d’indépendant.
On vit la plus belle époque de la boxe québécoise.