Il faut arrêter de tourner autour du pot.
Zuffa Boxing ne vient pas “sauver” la boxe.
Zuffa Boxing vient imposer un modèle.
Un modèle efficace, structuré… mais un modèle qui, historiquement, n’a jamais été construit d’abord pour les combattants.
Un discours séduisant… mais intéressé
“La boxe est brisée.”
C’est le mantra. LA phrase que Dana White ne cesse de répéter.
Et bien que je ne sois pas d’accord avec l’entièreté de ce propos, il y a du vrai là-dedans. Trop de titres. Trop de négociations qui échouent. Trop de combats qui n’arrivent jamais.
Mais ce diagnostic sert aussi un objectif très clair pour Zuffa et son équipe:
justifier une centralisation du pouvoir.
Parce que régler le chaos… c’est une chose.
Le remplacer par un contrôle quasi total, c’en est une autre.

Photo: World Boxing News – Dana White
Les chiffres ne mentent pas
On ne peut pas parler du modèle Zuffa sans parler d’argent.
En 2025, le UFC a généré environ 1,5 milliard de dollars de revenus.
Et pourtant, la part redistribuée aux combattants ?
Entre 16 % et 18 %.
Pas une impression.
Pas une opinion.
Un fait.
Pendant ce temps, dans les grandes ligues nord-américaines (ei. NBA, NFL, NHL, MLB) les athlètes reçoivent généralement entre 48 % et 54 % des revenus.
L’écart est immense.
Et il est structurant.

Photo: UFC.com – Ilia Topuria vs Charles Oliveira
Un système verrouillé
Le modèle UFC repose sur :
des contrats exclusifs
une rémunération à la performance (“show/win”)
peu d’accès aux revenus récurrents
et des parts de pay-per-view réservées à une infime partie de élite seulement
Concrètement, la majorité des combattants n’ont ni salaire garanti stable, ni véritable levier de négociation.
Et quand plus de 1 100 combattants ayant évolués entre 2010 et 2017 poursuivent l’organisation pour pratiques anticoncurrentielles (un recours qui s’est soldé par 375 millions de dollars en compensation) ce n’est pas anodin.
C’est un signal.
Le contraste qui dérange
Maintenant, mettons ça en perspective.
Si je suis un champion du UFC, et que je vois un boxeur comme Conor Benn, qui ne détient même pas de titre national, signer un contrat supérieur à ce que gagnent plusieurs champions de l’organisation…
Je ne suis pas juste surpris.
Je suis révolté.
Parce que ça expose une réalité brutale :
le modèle UFC maximise la machine… pas nécessairement les athlètes.

Photo: Al Jazzera – Tom Aspinall
Le vrai danger : importer ce modèle en boxe
Et c’est là que Zuffa Boxing devient inquiétant.
Parce que si ce modèle est transposé tel quel en boxe, on ne parle pas d’une amélioration.
On parle d’un recul.
Un recul en termes de liberté contractuelle.
Un recul en termes de pouvoir de négociation.
Un recul en termes de partage des revenus.
Mais la boxe n’est pas innocente non plus
Et il faut être honnête jusqu’au bout.
Si Zuffa peut entrer avec autant de force, c’est aussi parce que la boxe lui ouvre la porte.
Fragmentation des titres.
Ego des boxeurs et des promoteurs.
Manque de collaboration.
C’est ce vide-là que Zuffa exploite.

Photo: Facebook – Jai Tapu Opetaia
Un appel clair à l’industrie
Promoteurs.
Organismes de sanction.
Diffuseurs.
Le temps du chacun pour soi est terminé.
Comme le disait le généticien et humaniste français Albert Jacquard :
« Désormais, la solidarité la plus importante est celle de l’ensemble des habitants de la Terre. »
Dans la boxe, ça veut dire une chose :
collaborer intelligemment… ou se faire remplacer.
Parce que si vous ne créez pas un équilibre ensemble, quelqu’un va l’imposer pour vous.
Le paradoxe : une opportunité cachée ?
Et malgré tout, il y a une ironie.
Un système centralisé comme celui que propose Zuffa pourrait, en théorie, créer les conditions pour quelque chose que la boxe n’a jamais réussi à structurer pleinement :
un syndicat des boxeurs.
Un vrai.
Avec :
transparence financière
partage des revenus
protections collectives
Mais soyons réalistes….Un tel niveau de transparence et de partage… ça va à l’encontre des intérêts naturels d’une structure dominante.

Photo: Fight Freaks Unite – Brandon Glanton vs Jai Opetaia
Conclusion : vigilance, pas fermeture
Zuffa Boxing n’est pas le diable.
Mais ce n’est certainement pas un sauveur.
C’est un acteur puissant, avec une vision claire…
et des précédents qui obligent à la prudence.
La boxe doit évoluer.
Elle doit se moderniser.
Elle doit mieux servir ses fans.
Mais elle ne doit jamais perdre de vue une chose essentielle : sans les combattants, il n’y a rien.
Et un système qui ne leur redonne pas leur juste part…
n’est pas une solution.
C’est simplement un problème mieux organisé.