Il n’y avait pas une avalanche de boxe en fin de semaine.
Pas un calendrier surchargé.
Pas une multitude de galas impossibles à suivre.
Mais il y avait deux combats que je ne voulais absolument pas manquer.
Et en les regardant, on comprend encore mieux pourquoi Arslanbek Makhmudov et Mathieu Germain se sont inclinés face à Agit Kabayel et Dalton Smith.
Ils n’ont pas à rougir.
Pas une seconde.
L’un s’est rebâti après sa défaite.
L’autre a tenu 12 rounds face à un futur champion du monde.

Photo: Tapology – Dalton Smith
Ces combats-là donnent du contexte.
Et ce contexte rend ce week-end encore plus parlant.
Matías vs Smith.
Kabayel vs Knyba.
Deux combats ciblés.
Deux rendez-vous précis.
Et au final, deux performances qui ont largement justifié l’attention.
Photo: Boxing News – Agit Kabayel
Dalton Smith : gagner chez l’ennemi, et remettre de l’ordre
À New York, au Barclays Center, Dalton Smith a fait bien plus que créer une surprise.
Il a remis les pendules à l’heure.
Face à Subriel Matías, cogneur craint et respecté, Smith n’était pas favori aux yeux du grand public. Mais il faut remettre les choses en contexte : ce combat n’était pas un coup de dés. Il était inévitable.
Matías avait mis la main sur la ceinture WBC en juillet dernier à Queens, dans une victoire par décision majoritaire très serrée face au Dominicain Alberto Puello. Un combat tellement disputé que le clan Puello a immédiatement porté la décision en appel, réclamant une revanche immédiate. La WBC a refusé… mais sans balayer le dossier.
La solution?
Deux combats obligatoires consécutifs.
Sans exception.
Matías devait affronter Dalton Smith, alors aspirant obligatoire.
Et Puello devait ensuite affronter le gagnant.
Autrement dit : Smith attendait son tour.
Il était patient.
Et il était prêt.

Photo: Ready to Fight – Subriel Matias vs Dalton Smith
Dès les premiers rounds, on a senti un Smith confiant, discipliné, mais déterminé à ne pas laisser ce combat lui glisser entre les doigts. Il n’a jamais semblé intimidé par le statut ni par la réputation de son adversaire. Au contraire, il a imposé son rythme, trouvé ses ouvertures et frappé avec intention.
Quand la fin est arrivée, au cinquième round, elle ne faisait aucun doute.
KO.
Ceinture mondiale WBC des 140 livres.
Et surtout : aucune ambiguïté.
L’ambiance? Typiquement britannique.
Des milliers de partisans anglais avaient traversé l’Atlantique, transformant Brooklyn en extension de Sheffield. Les comparaisons avec Ricky Hatton ont fusé… inévitables, mais lourdes.
Dalton Smith n’a pas besoin d’être le prochain Hatton.
Il doit être la meilleure version de Dalton Smith.
Et ce qu’il a montré à New York va exactement dans cette direction.
Petit clin d’œil québécois au passage : ceux qui se rappellent son combat contre Mathieu Germain savent maintenant à quel point cette performance de Germain mérite encore plus de respect avec le recul.
Pour Smith, les options sont nombreuses. Les portes sont grandes ouvertes.
Mais surtout, le statut a changé.
Il n’est plus un prétendant.
Il est un champion… qui a réglé ses affaires dans l’ordre.

Photo: Sheffield Star – Dalton Smith vs Mathieu Germain
Agit Kabayel : l’art de briser sans précipitation
Pendant ce temps, clairement en Allemagne, à Oberhausen, Agit Kabayel poursuivait son œuvre.
Pas de feu d’artifice inutile.
Pas de chaos improvisé.
Juste une méthode. Froidement exécutée.
Face au Polonais Damian Knyba, encore invaincu, Kabayel a fait ce qu’il fait de mieux :
il a usé,
il a pressé,
il a démonté.
Travail au corps constant.
Rythme étouffant.
Précision chirurgicale.
Kabayel ne cherche pas le KO.
Il le fabrique.
Photo: Fight Freaks Unite – Agit Kabayel vs Damian Knyba
Après Zhang, après Makhmudov, après Frank Sánchez, c’est maintenant Knyba qui a cédé. Et toujours avec la même recette. Combat après combat, Kabayel prouve qu’il n’a peut-être pas le gabarit des nouveaux mastodontes… mais il possède quelque chose de beaucoup plus rare : un plan, et la capacité de l’imposer.
Autre élément important :
le public allemand est là.
Salle pleine.
Foule bruyante.
Adhésion totale.
Agit Kabayel n’est plus un secret bien gardé.
Il est devenu une attraction.
Et maintenant? Le mérite face à la réalité
Sportivement, Kabayel mérite une chance contre Oleksandr Usyk.
Mais la boxe professionnelle ne récompense pas toujours le mérite immédiatement.
On parle de Wilder.
On parle de gros chiffres.
On parle de spectacle.
Pendant ce temps, Kabayel demeure l’option que personne au sommet ne demande, mais que tout le monde respecte en silence.
Martin Bakole
Un monstre physique, craint dans les coulisses. Un combat aussi dangereux que révélateur.
Photo: Boxing News 24/7 – Martin Bakole vs Jared Anderson
Fabio Wardley
Explosif, populaire, imprévisible. Chaos contre contrôle. Combat très vendeur en Europe.
Daniel Dubois
Puissance brute, mais vulnérabilités sous pression. Le travail au corps de Kabayel pourrait faire la différence.
Filip Hrgović
Technique, solide, expérimenté. Un des tests les plus complets possibles. Une victoire ici rendrait Kabayel impossible à ignorer.
Lawrence Okolie
Encore en adaptation chez les lourds. Gabarit imposant, mais un style qui rappelle certains aspects de Knyba.
Moses Itauma
Phénomène en devenir. Talent brut, vitesse, jeunesse. Un affrontement fascinant, mais risqué pour les deux camps : Kabayel face à la fougue, Itauma face à une pression et une maturité qu’il n’a encore jamais connues.
Photo: BBC – Moses Itauma vs Dillian Whyte
Conclusion
Ce week-end, la boxe m’a rappelé pourquoi je l’aime.
Parce qu’elle n’est pas qu’une question de puissance.
Parce qu’elle récompense encore ceux qui réfléchissent, qui s’adaptent et qui osent.
Dalton Smith a conquis New York en respectant le processus et en l’écrasant au passage.
Agit Kabayel continue de faire tomber les géants, un round à la fois.
Deux performances.
Deux déclarations.
Un même message :
Ignorer ces hommes devient de plus en plus difficile.