Le 21 mai prochain marquera un moment particulier pour les amateurs de boxe québécois. Déjà quatre ans se seront écoulés depuis le dernier combat de David Lemieux.
Cette soirée-là, au Gila River Arena, Lemieux affrontait celui qu’on surnomme « The Monster », David Benavidez. À l’époque, plusieurs amateurs québécois connaissaient peu Benavidez et voyaient surtout ce combat comme un autre défi dangereux pour Lemieux. Aujourd’hui, on sait exactement qui il est devenu : l’un des boxeurs les plus dominants et redoutés de sa génération.
Le combat ne s’est malheureusement pas déroulé comme plusieurs l’espéraient. Mais au-delà du résultat, une petite cloche semblait déjà résonner dans la tête des amateurs : étions-nous en train d’assister au dernier combat de l’un des boxeurs les plus spectaculaires que le Canada ait connus?
Parce qu’au fond, David Lemieux n’a jamais été un boxeur ordinaire. C’était un véritable puncheur. Un démolisseur. Un boxeur digne d’Arturo Gatti.
L’un de ces combattants capables de faire lever une foule simplement en avançant vers le ring.

Photo: Premier Boxing Champions – David Lemieux vs David Benavidez
Né pour les professionnels
Chez les amateurs, le style de David ne cadrait pas parfaitement avec la réalité de ce sport. À cette époque, il fallait surtout accumuler des touches et des points. Un style plus technique, plus calculé, moins axé sur la destruction.
Mais David Lemieux, lui, était fait différemment : il était né pour les professionnels.
Il possédait cette puissance brute impossible à enseigner. Cette force de frappe qui change complètement l’atmosphère d’un combat. Chaque fois qu’il lançait, les amateurs retenaient leur souffle.
En plus de sa puissance, il avait ce look de vedette hollywoodienne, ce charisme naturel, cette capacité de communiquer dans plusieurs langues et cette personnalité qui attirait les projecteurs. Et les KO se sont mis à pleuvoir.
Très rapidement, le Québec est tombé amoureux du phénomène.

Photo: Vincent Ethier – David Lemieux vs Hassan N Dam
Une ascension fulgurante
Lemieux remporte ses 20 premiers combats par knockout. Vingt. Ce n’est pas peu dire.
Avant de subir sa première défaite face à Marco Antonio Rubio, sa fiche affichait 25 victoires, dont 24 par KO.
À ce moment-là, plusieurs personnes aux États-Unis voyaient déjà en lui une future grande vedette. HBO avait des plans importants pour le jeune Québécois. La défaite contre Rubio a toutefois ralenti cette ascension. Pas stoppé, mais définitivement ralenti…
Parce qu’un vrai combattant se définit rarement par ses victoires faciles. Il se définit surtout par sa façon de revenir après les tempêtes.
Les remises en question
Après la défaite contre Rubio, David prend une décision importante : il change d’entraîneur, passant de Russ Anber à Marc Ramsay.
Le combat suivant l’oppose au vétéran Joachim Alcine. Le vieux renard réussit à arracher une victoire au terme d’un verdict qui avait d’ailleurs été fortement critiqué par plusieurs amateurs.
À ce moment-là, plusieurs commençaient déjà à douter de David Lemieux.

Photo: Boxing Scene – David Lemieux et Marc Ramsay
Mais David, lui, n’a jamais abandonné. Il n’a même jamais pensé abandonner.
Le retour du destructeur
Il revient avec six victoires consécutives avant d’affronter l’Américain Fernando Guerrero.
Ce soir-là, Lemieux est dominant. Violent. Explosif.
Il arrête Guerrero au troisième round et replace immédiatement son nom parmi les boxeurs les plus dangereux au monde.
Puis vient Gabriel Rosado.
Rosado sort alors de solides performances contre Gennadiy Golovkin, J’Leon Love, Peter Quillin et Jermall Charlo.
Mais Lemieux arrive à ce combat avec un énorme problème : sa main droite est blessée depuis le combat contre Alcine et elle tarde à guérir.
Qu’importe. Il est en mission : il n’a qu’un objectif en tête.

photo: Bleacher Report – David Lemieux vs Gabriel Rosado
Il punit Rosado round après round avant de l’arrêter au 10e round. Il gagne, alors que plusieurs doutaient.
Le sommet de la montagne
Cette victoire ouvre finalement la porte à un combat de championnat du monde IBF contre le Français Hassan N’Dam.
David Lemieux livre alors l’une des performances les plus marquantes de sa carrière. Il envoie N’Dam au tapis à quatre reprises avant de l’emporter par décision unanime.
Le Québec explose. David Lemieux devient champion du monde.
L’aspirant obligatoire est alors Billy Joe Saunders. Il aurait pu choisir cette voie, défendre sa ceinture pour quelques centaines de milliers de dollars et continuer son parcours tranquillement.
Mais David Lemieux n’a jamais été construit comme ça. Et encore une fois, il choisit le danger : GGG, Gennadiy Golovkin.

Photo: LA Times – David Lemieux vs Gennadiy Golovkin
Le rêve du Madison Square Garden
Le combat d’unification contre Golovkin devient rapidement un immense événement.
Les deux pugilistes remplissent le Madison Square Garden en un temps record.
Pour n’importe quel boxeur québécois, combattre au Madison Square Garden représente déjà un rêve. Mais remplir l’aréna contre l’un des hommes les plus craints de la planète, c’est autre chose.
Malheureusement, Lemieux perd son titre ce soir-là, mais il s’assure également de la plus importante bourse de sa carrière et confirme son statut de vedette internationale.
Une popularité immense aux États-Unis
Par la suite, un nom reviendra constamment autour de David Lemieux : Canelo Álvarez.
Pendant des années, les amateurs ont espéré voir ce combat se concrétiser.
Mais malgré l’intérêt et les discussions, l’invitation à danser ne viendra jamais.
Ici, au Québec, plusieurs réalisaient déjà l’importance de David Lemieux. Mais il fallait traverser les douanes et se rendre aux États-Unis pour comprendre à quel point il était populaire.

photo: Vincent Ethier – David Lemieux
À New York ou à Las Vegas, il devenait presque impossible de marcher dans la rue sans qu’un amateur lui demande une photo ou un autographe.
David Lemieux était aimé. Parce qu’il était spectaculaire. Parce qu’il était authentique. Et surtout parce qu’il donnait toujours tout dans le ring.
Un boxeur impossible à ignorer
David Lemieux est probablement l’un des seuls Canadiens à avoir combattu sur HBO Pay-Per-View.
Il a boxé à plusieurs reprises à Las Vegas et à New York. Il a été champion du monde. Mais surtout, il n’a jamais été ennuyant. Au grand jamais.
Avec David Lemieux, il pouvait se passer absolument n’importe quoi. Et c’est exactement pour cette raison que les amateurs l’adoraient. Le spectacle, le suspense, le drame… mais jamais rien d’ennuyant.

photo: Vincent Ethier – David Lemieux
Merci pour les souvenirs
Personnellement, j’ai eu la chance de travailler avec David et de vivre mille et une péripéties à ses côtés.
Des camps d’entraînement. Des voyages. Des soirées folles. Des moments de tension. Des moments de gloire.
Et surtout, des souvenirs que je vais garder toute ma vie.
Parce qu’au-delà du boxeur spectaculaire, David Lemieux demeure un humain attachant, passionné et profondément loyal envers les gens qui l’entourent.
Quatre ans plus tard, plusieurs continuent d’espérer un retour.
Mais peu importe ce que l’avenir lui réserve, une chose demeure certaine : David Lemieux aura marqué la boxe québécoise comme très peu de combattants avant lui.
Et pour ça, les amateurs ne l’oublieront jamais. Il aura marqué la boxe québécoise comme très peu de combattants avant lui.
Et pour ça, j’espère que les amateurs ne l’oublieront jamais.