Je ne suis pas un fan de Jake Paul.
Je ne l’ai jamais été.
Mais à un moment donné, dans la boxe, il faut arrêter de se raconter des histoires.
Jake Paul n’est pas un grand boxeur.
Il ne le sera probablement jamais.
Mais il est devenu quelque chose de beaucoup plus dérangeant : il nous a rappelé qu’il faut savoir vendre nos boxeurs, raconter une histoire.
Le talent et la force de frappe, c’est une chose… mais la vraie difficulté, c’est de démarquer le public, asseoir des gens à l’aréna et vendre de la télé à la carte.
Là-dessus, Jake Paul nous a tous fait la barbe.
Au Québec, on aime les parcours propres.
Les étapes claires.
Les boxeurs qui passent par les amateurs, qui mangent leurs pains secs, qui prennent des bourses de misère, qui apprennent la patience avant de réclamer quoi que ce soit.
C’est noble.
C’est respectable.
Mais ce n’est pas la seule façon d’exister.

Photo: BBC – Jake Paul
Jake Paul n’a pas suivi ce chemin-là.
Il est arrivé avec une caméra, une communauté et une confiance qui frôle l’arrogance.
On a ri.
On l’a traité de clown.
On a refusé de le prendre au sérieux.
Puis il a gagné.
Puis il a encore gagné.
Puis il a vendu.
Son frère Logan a fait la même chose avec la lutte professionnelle.
Et là, le malaise s’est installé.
Parce que Jake Paul a compris quelque chose que la boxe refuse encore d’admettre : la visibilité précède la légitimité. Pas l’inverse.
Tu peux être bon, même excellent, si personne ne te regarde, tu n’existes pas. 
Photo: Sports SINDOnews.com – Jake and Logan Paul
Ici, on a des boxeurs cent fois plus complets, plus techniques, plus courageux que Jake Paul.
Des gars et des filles qui se battent pour des ceintures, pour des classements, pour survivre dans un sport impitoyable.
Mais ils doivent encore se battre pour une manchette, une diffusion, un cachet décent.
Pendant ce temps-là, Jake Paul remplit des arénas avec une droite correcte, une défense moyenne et une histoire bien racontée.
Les chiffres
– 1,2 million de PPV vendus contre Nate Robinson, une star de la NBA.
– 20 à 40 millions $ en bourse à chaque combat.
– 75 millions d’abonnés à travers Facebook, Instagram et TikTok.
Ça choque parce que ça bouscule notre romantisme.
On aime l’underdog, le boxeur du quartier, celui qui se bat pour payer son loyer.
Jake Paul, lui, se bat pour remplir son compte bancaire. Ce n’est pas inspirant. Mais c’est efficace.
Le vrai affront, ce n’est pas qu’il affronte des ex-athlètes. C’est qu’il le fasse sans demander la permission. Pas besoin de réseaux traditionnels. Pas besoin de validation médiatique. Il vend, point final.

Photo: Jake Paul vs Anthony Joshua
Jake Paul est le seul en boxe qui arrive à convertir son audience des médias sociaux en PPV, billets vendus, marchandise et publicité. Selon le site BETMGM, sa fortune est établie à 120 millions U.S. Même comme promoteur avec Most Valuable Promotions, il s’est rapidement hissé dans le top 10, il a même signé Tamm Thibeault et Kim Clavel.
Quand il a perdu contre Tommy Fury, plusieurs ont poussé un soupir de soulagement. Enfin, la boxe qui reprend ses droits. Sauf que cette défaite-là a fait exactement l’inverse. Elle l’a rendu crédible.
Il n’était plus invincible, mais il était sérieux.
Imparfait, mais engagé.
Jake Paul ne triche pas la boxe. Il utilise ses zones grises. Il rappelle que ce sport a toujours été un mélange de combat et de narration, de talent et de marketing. On l’a juste oublié.
Le vrai malaise, ce n’est pas Jake Paul.
Le vrai malaise, c’est ce qu’il expose.
Un système où le mérite seul ne suffit plus.
Où le silence médiatique peut être plus fatal qu’une défaite.

Photo: NBC – Jake Paul vs Tommy Fury
La question qu’il nous force à poser est inconfortable, mais nécessaire :
est-ce qu’on veut continuer à former d’excellents boxeurs invisibles, ou apprendre enfin à raconter leurs histoires avant que d’autres le fassent à leur place?
C’est pour cette raison que j’ai fini par aimer Jake Paul, et c’est une confession difficile à faire. Il a fait beaucoup de bien à la boxe féminine, au niveau des bourses et de la visibilité médiatique qu’il permet à des filles comme Katie Taylor et Amanda Serrano. Ce soir, c’est ma bonne amie Leïla Beaudoin qui fera sa meilleure bourse en carrière et aura plus de 50 millions de paires d’yeux rivés sur elle.
Jake Paul n’a pas gagné le respect du monde de la boxe, il a gagné mieux que ça : il n’en a plus besoin.
Et dans la boxe moderne, c’est souvent ça, le vrai pouvoir.