Lorsque Lenar Perez a annoncé pour la première fois à sa mère, Irania, qu’il comptait quitter leur Cuba natal pour poursuivre une carrière professionnelle en boxe, elle a pleuré pendant une semaine.
À l’été 2018, elle nourrissait depuis des années le rêve de voir son fils devenir le meilleur mi-lourd du pays, mener la dynastie cubaine de boxe amateur aux Jeux olympiques de Tokyo et ramener une médaille d’or à Holguín, une ville de 355 000 habitants située dans l’est de l’île. Partir à l’étranger pour devenir professionnel aurait signifié la mort de ce rêve…
Mais Perez, alors âgé de 20 ans et étoile montante tout juste auréolée d’une médaille d’or à la Coupe Teofilo Stevenson de 2018, un prestigieux tournoi national, avait sa propre vision de l’avenir de sa famille. Elle comprenait des titres mondiaux et de grands combats présentés à guichets fermés, mais reposait sur des choses simples, comme offrir une nouvelle maison à Irania. Pas un manoir. Juste quelque chose de plus grand que la petite maison où il a grandi, un endroit dont le toit ne fuirait pas sous les fortes pluies.
La fédération cubaine de boxe avait aussi ses plans pour Perez et lui promettait de l’élever au poste de numéro un de l’équipe nationale dans sa catégorie, mais seulement après la fin des Jeux olympiques d’été de 2024 à Paris.
Photo: IG – Lenar Perez
Perez a réfléchi à l’offre, mais a décidé qu’il ne pouvait pas attendre six ans pour une promotion, puis quatre années supplémentaires pour une médaille d’or. Il a quitté Cuba et s’est installé à Vladikavkaz, en Russie, cet été-là.
Huit ans et une série d’impressionnants KO plus tard, Perez, aujourd’hui âgé de 28 ans, est tout près du titre mondial chez les poids lourds-légers et s’apprête à faire ses débuts professionnels en Amérique du Nord. Le 5 mars, il affrontera le robuste vétéran Isaac Chilemba, du Malawi, en demi-finale d’une carte présentée par Eye of the Tiger au Casino de Montréal.
Perez, toujours invaincu, a remporté 14 de ses 15 victoires par KO, mais il affirme qu’il ne cherchera pas à forcer l’arrêt face à Chilemba, qui a tenu la distance contre de gros cogneurs comme Sergey Kovalev et Osleys Iglesias. Selon lui, les KO surviennent lorsqu’il se concentre sur l’art de la boxe, et son seul objectif est de prendre du plaisir et de transformer les spectateurs venus pour la première fois en nouveaux admirateurs.
«Je veux leur montrer quelque chose de spécial sur le ring», a déclaré Perez, qui a grandi en admirant des professionnels américains comme Floyd Mayweather et Terence Crawford. «Quelque chose de nouveau. Je veux qu’ils aient envie de me revoir combattre.»
Photo: IG – Lenar Perez vs Aleksei Egorov
Le 5 mars marquera le premier combat de Perez depuis avril dernier, lorsqu’il a remporté une décision en 10 rounds contre Aleksei Egorov pour s’emparer du titre intercontinental IBA Pro. À condition de rester en santé et actif, Perez voit désormais un chemin vers un titre mondial auprès de l’un des grands organismes de sanction. Il est déjà classé no 12 par l’IBF, dont le champion est l’Australien Jai Opetaia, et no 3 par la WBA, dont le champion, Gilberto Ramirez, affrontera le puissant mi-lourd David Benavidez en mai.
Pour Perez, régner sur une catégorie serait à la fois un objectif personnel et une source de fierté nationale.
«C’est très important pour moi de représenter la boxe cubaine», a-t-il affirmé, lui qui est originaire de la même ville que la légende cubaine Mario Kindelan. «Surtout en ce moment, parce que nous n’avons pas beaucoup de champions du monde.»
Parmi les professionnels actuels issus du système amateur cubain, seul le poids moyen de 42 ans Erislandy Lara détient un titre mondial, tandis que son compatriote Yoenlis Hernandez est le principal aspirant au titre WBA de Lara.
Photo: IG – Lenar Perez and Albert Ramirez
Une catégorie au-dessus, on retrouve bien sûr Iglesias, qui affrontera Pavel Silyagin pour le titre IBF à Montréal le 9 avril, et qui a grandi avec Perez à Cuba, partageant camps d’entraînement et voyages avec l’équipe nationale. Les deux hommes ont quitté Cuba au début de la vingtaine, lassés d’attendre indéfiniment une place au sommet de l’équipe nationale, et se sont transformés en redoutables cogneurs chez les professionnels — Iglesias en Allemagne et Perez partageant son temps entre la Russie et Toulouse, en France.
«Le jeu de jambes, la puissance de frappe, les coups au corps… ce sont des choses que je ne connaissais pas avant», a expliqué Perez, qui s’entraîne aux côtés du champion intérimaire WBA des mi-lourds, Albert Ramirez. «Je ne comprenais pas ça avant. Maintenant, je sais comment ça fonctionne.»
Perez affirme avoir consacré les 11 mois entre ses combats à développer encore davantage sa force physique et sa puissance de frappe, un thème récurrent dans une carrière marquée autant par les périodes d’inactivité que par sa série de 14 victoires par KO.
Il a passé l’année 2021 dans l’incertitude promotionnelle, incapable de combattre, avant de recevoir un appel pour affronter un espoir invaincu nommé Rashid Kodzoev à Moscou en février 2022. Selon Perez, les promoteurs de Kodzoev l’avaient choisi en raison de son inactivité, supposant que son absence des galas signifiait aussi qu’il ne s’entraînait pas.
Ils se sont trompés.
Photo: IG – Lenar Perez
Perez était au gymnase, se transformant d’un amateur qui frappait pour marquer des points en un professionnel cherchant à faire des dégâts. Il a mis fin au combat contre Kodzoev au quatrième round.
Perez s’attend à une victoire tout aussi nette contre Chilemba et à ainsi faire un grand pas vers un championnat du monde.
Une ceinture mondiale n’est peut-être pas l’or qu’Irania imaginait pour son fils, mais il est convaincu qu’elle sera heureuse s’il en ramène une à Holguín.
Elle pourra l’exposer dans sa nouvelle maison.
Celle que Lenar lui a achetée.
Elle est plus spacieuse que leur ancienne demeure, et le toit ne fuit jamais, peu importe la violence de la pluie.
«Maintenant, elle sait que c’était pour le mieux», a-t-il dit. «C’est ce qui devait arriver dans nos vies.»