Bon, tout le monde savait que la boxe pouvait être cruelle. À la fin de la journée, tu t’en vas tout de même manger des coups sur la tête en espérant gagner un combat. Mais ce que j’ai appris de mon temps en Angleterre, c’est à quel point ça peut être difficile de digérer une défaite.
J-1 avant le combat
Je suis arrivé à Wembley quelques heures avant la pesée officielle du combat entre Steve Claggett et Adam Azim.
La préparation semblait être parfaite pour le boxeur d’Eye of the Tiger. Son poids était bon, il se sentait bien physiquement et surtout mentalement. Lorsqu’on lui posait la question par rapport à sa vision du combat, il n’avait qu’une réponse : « Le dragon va surprendre tout le monde ».
Et ça paraissait que c’était une réponse sincère. Il n’essayait pas de convaincre qui que ce soit, le travail avait été fait et c’était réellement ce qu’il pensait.
À la pesée, on lui demandait des autographes, des photos et des entrevues. Steve semblait vraiment vivre les plus beaux moments de sa carrière à un peu plus de 24 heures de son combat.

Photo: Boxxer – Steve Claggett
C’est aussi là que son entraîneur, le réputé Mike Moffa, m’a proposé de venir les aider dans le coin. Dans les combats de championnat, quatre personnes sont autorisées à être dans le coin d’un boxeur. Mais ce n’était pas un combat de championnat…
Chose que la télévision ne semble pas avoir comprise, parce qu’ils ont quand même inscrit mon nom sur la liste des personnes dans son coin.
Jour du combat
Le grand jour, la préparation ne s’est pas arrêtée là. Chaque repas a continué d’être calculé en fonction de l’heure et du temps restant avant d’entrer dans l’arène.
On est allé manger dans un restaurant italien environ 3 heures avant le combat, un des seuls restaurants qui avait une terrasse ouverte.
Presque toutes les terrasses étaient fermées en raison d’un match de rugby qui avait lieu dans la ville. Un règlement qui empêche la consommation d’alcool près du Wembley Stadium lors des événements force plusieurs commerces à se limiter au service à l’intérieur.
Le visage de notre serveuse valait 1000 mots lorsque Steve a commandé un spaghetti à l’huile d’olive.
Ce qui nous a mené au grand moment.
Photo: Boxxer – Steve Claggett (à droite)
Jusque-là, tout se passait bien. On s’est dirigé vers le Wembley Arena avec confiance. L’objectif était clair : causer la surprise.
Environ une heure avant le combat, Steve a commencé à faire des étirements et de la corde à sauter. Mike a sorti les mitaines pour le faire travailler, et je suis forcé d’admettre que son boxeur semblait vraiment être en forme. Il y avait une énergie palpable qui inspirait confiance dans le vestiaire.
Je suis donc allé m’asseoir à mon siège et le combat a commencé.
L’Albertain est resté fidèle à ses habitudes et a tout de suite commencé à appliquer de la pression sur son rival. Et tout a bien commencé, il a touché Adam Azim avec quelques coups.
Mais dès que le premier uppercut du Britannique a connecté, le nez de Steve s’est mis à couler du sang.
Il me l’a même admis par après : « Quand le coup est rentré, j’ai senti et j’ai même entendu mon visage craquer. »
Steve était bien préparé, mais parfois à la boxe, ce n’est tout simplement pas assez. L’anglais a remporté le combat au 3eround.
Ce n’est pas parce que Claggett aurait pu mieux se préparer, ce n’est pas parce qu’il n’est pas bon, c’est tout simplement la cruauté de ce sport qu’on affectionne autant. Il arrive d’être du bon côté de l’équation, mais parfois c’est le contraire.
Photo: Boxxer – Adam Azim (à droite)
Toutefois, dans une situation comme celle-ci, comment est-ce possible d’expliquer au boxeur que ce sont des choses qui arrivent.
Steve n’avait jamais vécu une défaite de la sorte.
Et ce soir-là, il a dû passer la soirée à l’hôpital. Il a admis ne pas avoir été capable de dormir en revenant dans sa chambre d’hôtel.
Lendemain du combat
Lorsqu’on est allé déjeuner à l’hôtel, Steve était de retour.
Son œil droit était complètement fermé et enflé en raison des coups qu’il avait reçu quelques heures auparavant.
Il comprenait la situation, mais il ne pouvait pas se mentir à lui-même : tout ça était déprimant.
Et ça paraissait que la défaite l’affectait plus qu’il ne le laissait paraître. Et c’est normal. Les fans semblent souvent oublier que nos gladiateurs modernes demeurent des êtres humains.
Les défaites font partie du sport, et certaines font plus mal que d’autres.
Photo: Boxxer – Adam Azim (à droite)
Ultimement, le plus important demeure la santé du boxeur, et au moins Steve s’en est sorti sans blessures graves.
Mais voir un boxeur dans cet état à la suite d’une défaite offre réellement une deuxième perspective par rapport à la boxe.
Voir que quelqu’un peut tout sacrifier pour sa préparation, mais quand même ne pas obtenir le résultat souhaité.
C’est un rappel que les hauts sont hauts, mais les bas peuvent être aussi bas.
On a beau aimer la boxe, c’est un sport impardonnable.


