Entrevue avec Samuel Décarie-Drolet et Dzmitry Asanau
Lors d’un gala d’Eye of the Tiger présenté au Casino de Montréal, j’ai demandé à Camille Estephan si je pouvais investir mon fonds de pension dans l’un de ses boxeurs. La bourse, l’immobilier, le bitcoin… tout ça, c’est bien beau, mais moi, c’est à un Biélorusse évoluant chez les 135 livres, fort d’une double présence aux Jeux olympiques, que je confierais mon patrimoine familial.
Il est spécial, cet Asanau: c’est le boxeur le plus technique que j’ai vu au Québec. J’ai l’impression qu’il boxe avec un rapporteur d’angle et une calculatrice scientifique, tellement il se trouve toujours dans le bon angle et à la bonne distance. Est-ce un boxeur ou le mathématicien Terence Tao avec des gants*? Et il évolue en plus chez les 135 livres, où l’argent et les bons boxeurs sont légion.
*Le quotient intellectuel de Terence Tao est évalué à 230.
J’étais tranquillement installé chez mon ami Jonathan Jeria à écouter SummerSlam, en me posant la question suivante : plus tard ce soir-là, une fois Raymond Muratalla venu à bout de Robson Conceicao, allait-il annoncer sa montée chez les 140 livres, comme la rumeur le prédisait depuis des mois? Une question d’une importance capitale, parce que c’est notre boxeur d’ici, Dzmitry Asanau, entraîné par Samuel Décarie-Drolet, qui pourrait alors se retrouver en championnat du monde face au boxeur russe Artur Subkhankulov (12-0, 6 KO).
Photo: Vitro Munhoz – Dzmitry Asanau
C’est à ce moment que je me suis dit que c’était à mon tour de jouer : le Biélorusse est bien connu des mordus de boxe, mais le public moyen ne le connaît pas encore, et c’est un sacrilège. Voici donc une grande entrevue avec son entraîneur, Samuel Décarie-Drolet, et en prime, quelques questions que j’ai posées en russe à Dzmitry Asanau lui-même.
Questions à Dzmitry Asanau
Laurent Poulin — 1. Vous avez choisi de signer avec Eye of the Tiger. Qu’est-ce qui vous a convaincu que c’était la bonne organisation pour votre carrière, et qu’est-ce que cette décision vous apporte aujourd’hui comme boxeur?
Dzmitry Asanau: J’avais beaucoup entendu parler d’Eye of the Tiger et je connaissais plusieurs boxeurs qui avaient travaillé avec cette organisation. Je savais également que leur équipe d’entraîneurs était très solide et extrêmement expérimentée. Dès notre première rencontre, j’ai senti que je pouvais leur faire confiance… et j’espère que ce sentiment est réciproque! (rires)
C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’en unissant nos forces, je pourrais exploiter pleinement mon potentiel et devenir la meilleure version de moi-même comme boxeur.
Laurent Poulin — 2. Vous figurez maintenant parmi les meilleurs de la catégorie des 135 livres. Où vous situez-vous dans cette division, et à quel point vous sentez-vous près de devenir champion du monde?
Dzmitry Asanau: La division des poids légers est l’une des plus relevées de la boxe depuis plusieurs années. Elle regorge de grands noms et de boxeurs extrêmement talentueux.
Je n’aime pas regarder trop loin devant. Je préfère avancer un combat à la fois. Évidemment, mon objectif ultime est de devenir champion du monde et d’unifier les ceintures. Mais avant d’y arriver, je dois encore faire mes preuves et m’imposer comme l’un des meilleurs boxeurs de cette catégorie.
Photo: Victor Munhoz – Roger Gutierrez vs Dzmitry Asanau
Laurent Poulin — 3. De la Biélorussie à Dubaï, puis avec Eye of the Tiger, vous avez dû vous adapter à plusieurs cultures et environnements. Qu’est-ce que ce parcours vous a appris sur vous-même, autant dans le ring qu’à l’extérieur?
Dzmitry Asanau: Cette aventure a été extraordinaire et je suis profondément reconnaissant d’avoir eu la chance de découvrir autant de cultures à travers le monde.
Cela dit, au fond de moi, j’ai toujours été Biélorusse et je le serai toujours. Je suis fier de mes racines et je resterai toujours fidèle aux traditions et à la culture de mon peuple.
Sur le plan sportif, je pratique la boxe depuis plus de 25 ans. J’ai eu l’occasion d’affronter et de m’adapter à une multitude de styles. J’ai partagé le ring avec des boxeurs européens, américains, asiatiques, africains et issus de l’ex-Union soviétique. Chacun de ces styles m’a appris quelque chose de précieux et m’a permis de progresser.
Laurent Poulin — 4. Dans plusieurs années, lorsque les gens parleront de Dzmitry Asanau, quel héritage souhaitez-vous laisser, non seulement dans la boxe mondiale, mais aussi auprès des amateurs québécois qui apprennent à vous connaître?
Dzmitry Asanau: Le sport fait partie de ma vie depuis toujours, et je souhaite continuer à inspirer et à motiver les gens. Pas seulement à pratiquer la boxe, mais à intégrer le sport dans leur quotidien.
Photo: Victor Munhoz – Dzmitry Asanau
J’aimerais encourager les gens à se fixer des objectifs, à travailler fort et à croire en eux-mêmes. Je suis convaincu que le sport peut résoudre de nombreux problèmes, y compris des défis psychologiques et liés à la santé mentale.
Dans mon pays, nous avons un proverbe qui dit: «Un corps sain abrite un esprit sain.» Je ne pourrais être plus d’accord avec cette philosophie.
Entrevue avec Samuel Décarie-Drolet
Laurent Poulin — Pour les amateurs qui découvrent Dzmitry Asanau aujourd’hui, qui est-il vraiment comme boxeur et comme être humain? Qu’est-ce qui le distingue des autres espoirs de la division des poids légers?
Samuel Décarie-Drolet: Dzmitry est un boxeur extrêmement complet. Il possède un bagage amateur exceptionnel, mais ce qui m’impressionne le plus, c’est sa capacité à apprendre et à s’adapter. Beaucoup de boxeurs talentueux vivent de leurs acquis. Lui, il arrive au gym chaque jour avec l’humilité de quelqu’un qui veut encore progresser.
Comme être humain, c’est quelqu’un de discret, respectueux et très discipliné. Il ne cherche pas les projecteurs. Il préfère laisser son travail parler pour lui.
Ce qui le distingue dans une division aussi relevée que les poids légers, c’est son intelligence. Il ne gagne pas seulement avec sa vitesse ou sa technique; il lit les combats, prend les bonnes décisions et trouve des solutions en plein milieu d’un échange. C’est une qualité qu’on ne peut pas enseigner facilement.
Photo: Victor Munhoz – Dzmitry Asanau
Laurent Poulin — Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Dzmitry? Quelle a été votre première impression, et à quel moment vous êtes-vous dit qu’il avait le potentiel pour devenir un prétendant mondial?
Samuel Décarie-Drolet: Je me souviens très bien de notre première rencontre. Ce qui m’a frappé immédiatement, outre le fait qu’il est intelligent, gentil et attentionné, c’est la qualité de sa base technique. On voyait qu’il avait été formé au plus haut niveau.
Mais honnêtement, ce n’est pas ce qui m’a convaincu qu’il pouvait devenir un prétendant mondial. Ce sont plutôt les semaines suivantes. J’ai vu un athlète qui acceptait les critiques, qui posait les bonnes questions et qui revenait chaque jour avec l’intention de s’améliorer.
Le talent ouvre des portes, mais c’est l’attitude qui permet d’aller jusqu’au championnat du monde. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il avait quelque chose de spécial.
Laurent Poulin — Dzmitry est déjà classé parmi les meilleurs à 135 livres. Selon vous, quelles sont les qualités techniques et mentales qui lui permettront de franchir la dernière étape pour devenir champion du monde?
Samuel Décarie-Drolet: Techniquement, il possède pratiquement tous les outils. Il contrôle bien la distance, il est précis, il se déplace intelligemment et il fait très peu d’erreurs. C’est un boxeur qui réfléchit énormément.
Mentalement, il est très calme. Peu importe la pression, il reste fidèle à son plan de match. Beaucoup de boxeurs veulent absolument gagner chaque échange. Lui veut gagner le combat.
La dernière étape, c’est surtout l’expérience. Affronter différents styles, vivre des combats plus serrés et continuer d’accumuler des rounds de haut niveau. Je suis convaincu qu’il possède les qualités nécessaires pour devenir champion du monde.
Photo: Victor Munhoz – Roger Gutierrez vs Dzmitry Asanau
Laurent Poulin — En regardant vers les prochaines années, jusqu’où pensez-vous que Dzmitry peut aller? Et quel impact pourrait-il avoir sur l’organisation d’Eye of the Tiger et sur la boxe québécoise en général?
Samuel Décarie-Drolet: Je pense sincèrement que Dzmitry peut devenir champion du monde. Il en a le talent, il en a l’éthique de travail, et il est entouré d’une excellente équipe qui croit en lui.
Pour Eye of the Tiger, c’est un athlète qui peut devenir l’un des visages de l’organisation à l’international. Son style est spectaculaire, mais surtout très efficace. Les amateurs apprécient les boxeurs qui savent gagner avec intelligence.
Pour la boxe québécoise, c’est une excellente nouvelle d’avoir des athlètes de ce calibre qui choisissent de poursuivre leur carrière ici. Chaque fois qu’un boxeur de ce niveau connaît du succès, il attire l’attention sur notre scène locale, inspire les jeunes et contribue à faire rayonner le travail des entraîneurs, des promoteurs et de toute l’industrie de la boxe au Québec.




