La victoire de Jhon Orobio contre Antonio Moran, hier soir, pourrait bien être celle qui change complètement la perception que l’on a de sa carrière.
Moran n’était pas un simple adversaire de passage. Le Mexicain avait déjà partagé le ring avec certains des meilleurs boxeurs de la planète. Orobio l’a finalement arrêté au quatrième round, confirmant une fois de plus qu’il est prêt à franchir un autre palier.
Après le combat, j’ai eu la chance de discuter avec Marc Ramsay. Au fil de la conversation, un élément m’a particulièrement accroché : Ramsay m’expliquait qu’il devait maintenant trouver un boxeur capable de venir faire des rounds avec El Tigre afin de continuer à le préparer et à lui donner de l’expérience.
Et c’est là que je me suis dit : on n’est plus dans la même conversation.
Jhon Orobio n’est plus simplement un prospect qu’on développe tranquillement, en choisissant ses adversaires pour lui permettre de progresser à son rythme. Avec cette victoire sur Antonio Moran, il vient de passer dans une autre catégorie : celle des contenders.

Photo: Vitor Munhoz – Marc Ramsay et Jhon Orobio (à gauche)
Les classements vont bientôt refléter ce changement de statut. Et en consultant mon Twitter, Orobio est un favori des experts : Fight Ghost dit qu’il est un homme méchant sur un ring, Magic M parle de lui comme une étoile prête à briller. Une nouvelle question va nécessairement se poser : quel champion du monde sera dans le rétroviseur de Jhon Orobio ?
Parce que maintenant, Orobio ne doit plus seulement apprendre. Il doit se préparer à chasser.
La prochaine étape, c’est de l’amener au niveau où il pourra affronter les meilleurs de sa catégorie. Et pour y arriver, il faut des rounds, de l’expérience et surtout des partenaires d’entraînement capables de lui donner des problèmes différents de ceux qu’il rencontre habituellement.
Alors, si Marc Ramsay et son entraîneur Samuel Décarie-Drolet doivent trouver quelqu’un pour faire des rounds avec Jhon Orobio, je me suis posé la question suivante : qui seraient les boxeurs que j’aimerais voir dans le ring avec lui pour l’aider à franchir ce prochain cap ? J’ai aussi consulté les experts que je respecte pour élargir mes horizons.

Photo: Vitor Munhoz – Antonio Moran vs Jhon Orobio
Les choix de Noé Cloutier
Mon patron Noé Cloutier propose deux choix intéressants : Gustavo Daniel Lemos et Alan David Crenz.
Surnommé El Electrico, Lemos possède une fiche de 30-2, il a vaincu Lee Selby et a fait vivre l’enfer à Richardson Hitchins. Seule ombre : Keyshawn Davis l’a éteint en 2 petits rounds. Je le trouve intéressant pour l’aspect médiatique et pour faire du bruit avec une victoire d’Orobio, mais si l’objectif est de faire des rounds, je regarderais ailleurs.
Alan David Crenz est un énorme cogneur argentin de 25 ans qu’on a connu à la Série mondiale de boxe. Fiche de 18-2 avec 17 KO, je ne peux pas vous dire s’il est durable… Mais il a la claque pour se faire respecter, et on verrait peut-être un Orobio obligé d’être technique et prudent en début de combat, ce à quoi il n’a jamais été obligé depuis le début de sa carrière. De plus, Crenz a encore cette jeunesse qui lui donne envie de l’emporter ; il ne viendrait pas au Québec prendre des photos du stade et magasiner au Complexe Desjardins, mais dans l’espoir de lancer sa carrière avec une victoire. Je préfère le deuxième choix de mon patron Noé Cloutier.
Photo: IG – Alan David Crenz
Les choix de l’intelligence artificielle
Salut ChatGPT, je cherche l’adversaire parfait pour affronter Jhon Orobio en novembre prochain, tu dois tenir compte du classement IBF, trouver un adversaire durable et respecté parce que c’est une nécessité de lui faire faire des rounds et, en bonus, son surnom doit faire peur.
Réponse : après avoir lu tes textes — tous très bons d’ailleurs — et suite à une vérification complète des fiches et réputations de tous les boxeurs de 140 livres au monde, un seul choix s’impose. Le boxeur irlandais Sean McComb, fiche de 22-2, seulement 6 KO mais plus de 6 pieds, n’a connu qu’une seule défaite par KO. Il est classé 14e à l’IBF et 39e sur BoxRec. Il se plaint régulièrement d’être évité par l’élite parce qu’il est un boxeur dangereux et relativement peu connu. C’est un boxeur gaucher possédant une excellente technique, qui aime utiliser sa taille, son jab et travailler à distance. Réfère-toi à son combat face à Alexis Sanchez pour bien comprendre ce que j’avance.
McComb a disputé beaucoup de combats de 10 rounds. Il a notamment remporté des décisions de 10 rounds contre:
-Sam Maxwell
-Alejandro Moya
-Kaisee Benjamin
-Zsolt Osadan
-Ben Crocker
Et il a affronté Arnold Barboza Jr. pendant 10 rounds, dans un combat extrêmement serré perdu par décision partagée. Un juge lui a même donné un pointage de 98-92 en sa faveur.
Et pour son surnom, il se fait appeler La Nuisance publique.
Photo: Facebook – Sean McComb (à droite)
Les choix de Laurent Poulin
Aussi bien m’interroger moi-même: j’adore l’idée de Sandor Martin, 43-4, un gaucher de 33 ans qui a une énorme expérience pour faire des rounds.
-12 rounds contre Alberto Puello en 2025 — défaite par décision partagée pour le titre WBC
-10 rounds contre Teófimo López — décision partagée
-10 rounds contre Mikey Garcia — victoire par décision majoritaire
-12 rounds contre Kay Prospere
-12 rounds contre Joe Hughes
Et l’Espagnol ne survit pas sans ses combats, il boxe pour gagner. Très technique, il travaille à distance avec son jab, est impossible à coincer dans son coin et se sert de ses déplacements pour te faire mal paraître. En voulez-vous des exploits ? Il a envoyé Teófimo López au tapis au 2e round et a vaincu Mikey Garcia. Ici, je reconnais un problème sérieux : c’est énormément risqué, et Sandor Martin pourrait repartir chez lui avec le V de la victoire. Suis-je trop gourmand, trop pressé? J’ai bien peur que oui.
Photo: Bad Left Hook – Sandor Martin (à droite)
Alfredo Santiago est un boxeur dominicain qui coche toutes les cases sauf celle d’être actif, fiche de 17-2 avec une limite contre Devin Haney dans un combat de 12 rounds et une défaite face à Ricardo Nunez au 9e. Il a vaincu Javier Fortuna par KO à sa dernière sortie en mars 2025. C’est un habitué des upsets : il a choqué le monde entier en battant Angel Fierro sur DAZN. Il est très efficace, très instinctif dans un ring, il aime poivrer ses adversaires avec sa main gauche, se déplacer et lancer des deux mains. En prime, il adore planter les pieds et se bagarrer à certains moments précis du combat. Santiago vs Orobio serait un candidat au combat de l’année avant même le son de la cloche.
Les choix des partisans québécois
Je me pose toujours la question suivante quand je veux aider EOTTM et son matchmaker Jordan Mathieu à construire le meilleur chemin pour un boxeur : avons-nous un adversaire disponible au Québec ?
Même si c’est compliqué — l’argent, les égos, les équipes de promotion et de gérance derrière nos boxeurs — j’en ai compté deux qui pourraient faire l’affaire en novembre.
Steve Claggett allie expérience et travail acharné, et assure le spectacle.
Mathieu Germain amènerait une science du ring qui causerait certains problèmes à Orobio; après tout, il a résisté 12 rounds à un monstre comme Dalton Smith.
Photo: Vitor Munhoz – Jhon Orobio vs Antonio Moran
Le verdict de Laurent
Au final, cinq noms, cinq styles, cinq scénarios différents pour envoyer Jhon Orobio vers la suite. Lemos et Crenz font du bruit, McComb apporte le volume et la taille, Martin et Santiago élèvent immédiatement le niveau de risque, et le duo québécois garde tout à la maison.
Mais dans ce genre d’exercice, il faut choisir entre deux logiques : protéger ou tester. Faire des rounds contre un jeune cogneur affamé comme Crenz, c’est accepter qu’Orobio doive enfin s’adapter, sortir de sa zone de confort et gérer un vrai danger dès les premiers rounds — sans pour autant l’exposer à un boxeur du calibre de Sandor Martin, qui pourrait tout simplement lui voler la victoire.
Mon choix va donc à Alan David Crenz. Pas pour l’aspect spectacle, ni pour cocher une case sur le classement IBF, mais parce qu’un jeune cogneur affamé, c’est exactement le genre d’adversité qui prépare un futur champion à répondre aux questions qu’il n’a jamais eu à se poser. Orobio n’a plus besoin d’apprendre à gagner. Il doit maintenant apprendre à souffrir un peu, pour être prêt le jour où il affrontera vraiment l’élite des 140 livres.



