Affronter l’un des plus grands boxeurs de tous les temps, comme Canelo Alvarez, ça se prépare sur des années, bien avant même ses débuts professionnels. Ce que le public voit, ce sont les combats. Mais derrière les grands moments médiatisés, il y a des gens qui peuvent observer tout un travail, souvent invisible, qui représente la majeure partie du chemin parcouru pour en arriver là.
C’est notamment le cas de Samuel Décarie-Drolet, entraîneur adjoint de Christian Mbilli, qui a eu la chance de le voir grandir et devenir le boxeur qu’il est aujourd’hui, à quelques semaines seulement d’un affrontement majeur.
Ce dernier ne mâche pas ses mots, selon lui, Christian met toujours les bouchées doubles, et il ne veut jamais arriver deuxième.
À l’approche de son combat de championnat du monde prévu le 31 octobre, Samuel Décarie-Drolet nous a partagé cinq anecdotes sur le pugiliste français, des moments révélateurs qui lui ont permis de comprendre que son boxeur deviendrait un jour le roi de sa division.
Photo: Vitor Munhoz – Christian Mbilli et Samuel Décarie-Drolet
L’origine du surnom « solide »
« Dès son parcours amateur, son surnom c’était Solide, et toute l’équipe amateur de France s’appelait l’équipe Solide. Ce surnom-là, il venait de Christian », a confié l’entraîneur.
Il raconte même que lorsque Mbilli évoluait encore dans les rangs amateurs, chez les 75 kg, il y avait énormément de boxeurs et de talent dans sa division.
Ce qui se produisait dans ce temps-là, c’est que les compétitions commençaient un jour plus tôt dans sa catégorie de poids.
L’équipe entière espérait que ce soit Christian qui lance la compétition pour l’équipe française, histoire de « donner le ton ».
Et ce sont des combats qualifiés de « guerres mondiales » par Samuel.
« Ce n’est pas rien, en 2016 aux Jeux olympiques de Rio, la France a eu plusieurs médaillés. Et encore une fois, l’équipe portait le nom de Solide. Ça en dit long sur l’individu », explique l’entraîneur.
Photo: Vitor Munhoz – Christian Mbilli et Samuel Décarie-Drolet
La première rencontre entre Christian et Samuel
« La première fois que je l’ai rencontré, j’ai vu le sérieux derrière sa démarche », clame Samuel Décarie-Drolet.
Il explique que lorsque le Français s’est amené à Montréal avec l’entraîneur de l’équipe nationale de France, il a immédiatement reconnu le sérieux et le style d’individu que Christian était.
« Ça m’a inspiré confiance », ajoute-t-il.
Samuel souligne aussi que, pour lui, chaque choix que Christian fait représente un investissement sur sa propre personne.
Lorsqu’il a décidé de venir s’installer à Montréal de manière plus définitive, ça ne lui a pas pris longtemps avant de s’acheter un condo et placer son argent.
« Il ne prenait pas de vacances, il ne partait pas en voyage, il n’allait pas s’acheter une voiture. Il investissait, et je vois un parallèle avec sa carrière de boxe », explique Samuel Décarie-Drolet.
Il ajoute également que Christian aurait pu choisir d’aller s’installer aux États-Unis, mais qu’il a préféré investir en lui et a fait le choix qu’il jugeait plus favorable pour sa carrière.
Photo: Vitor Munhoz – Christian Mbilli
Les séances d’entraînement avec Artur Beterbiev
Ce n’est pas un secret, Christian Mbilli et Artur Beterbiev s’entraînent tous les deux sous l’aile de Marc Ramsay.
Pour un jeune boxeur, débarquer au gym et se retrouver face à un combattant de la trempe d’Artur Beterbiev, ça doit être quelque chose.
Mais aux yeux de Christian, ce n’était qu’une opportunité d’apprendre et de grandir en côtoyant un athlète aussi relevé.
« Même quand il ne s’entraînait pas pour un combat, Christian suivait la routine d’Artur pour se remettre en forme. Et quelque chose que j’ai remarqué, autant lorsqu’il s’entraîne avec Artur qu’avec quelqu’un d’autre, c’est que Christian ne veut jamais être le deuxième meilleur. Quand il fait quelque chose, c’est pour être premier », affirme l’entraîneur adjoint.
On est d’accord, Artur Beterbiev est loin d’être le premier venu, c’est un des excellents champions qu’on a vu dans les dernières années.
Mais Christian n’était pas intimidé par sa présence, il s’en inspirait et essayait même de le surpasser.
Et c’est pareil peu importe son partenaire d’entraînement.
« Si la personne fait 10 rounds, Christian va en faire 10, mais plus intensément. Sinon ça va être 10 au même rythme et il va en faire un onzième par la suite », raconte Samuel.
Photo: Vitor Munhoz – Christian Mbilli et Samuel Décarie-Drolet
Le fameux huitième round contre Gongora
« Quand Christian s’est fait toucher solidement au huitième round contre Gongora, on lui a dit d’accrocher ou même de mettre un genou au sol. Il a décidé de rester debout et d’accrocher un peu, de survivre, mais dans sa tête, il n’était pas question de mettre un genou au sol », raconte l’entraîneur.
Ce qui est encore plus impressionnant, pour ceux qui s’en rappellent, c’est que Christian a même fini par remporter la deuxième moitié du huitième assaut.
Évidemment lorsque la cloche a sonné, son adversaire avait remporté le round, mais c’est tout de même une démonstration d’une force de caractère immense.
« Quand il est arrivé dans le coin, il y a beaucoup de boxeurs qui auraient paniqué ou qui auraient attendu de voir ce que leur entraîneur a à dire, mais pas Christian. Quand il est arrivé dans le coin, il a regardé Marc et il a dit “on lâche les chevaux” », ajoute Samuel.
Cela s’inscrit dans sa règle morale de ne jamais arriver deuxième.
Il n’y avait aucun scénario dans la tête de Christian où il pouvait se permettre de baisser les bras.
À ce moment-là, il s’est décidé à partir après Gongora avec une seule idée en tête.
Et on ne peut pas dire que ça n’a pas été un succès, il a remporté le combat.
Photo: Vitor Munhoz – Christian Mbilli et Samuel Décarie-Drolet
Une motivation supplémentaire
Mais au-delà de tout le travail accompli et ce combat que Christian désire depuis plusieurs années, il y a une signification bien plus grande dans le cœur du boxeur.
Sa mère est malheureusement décédée à la suite d’un combat contre le cancer.
« Il avait promis à sa mère qu’il allait devenir champion du monde et il a été capable de le faire, mais il voulait aussi faire beaucoup d’argent pour prendre soin d’elle », affirme Samuel Décarie-Drolet.
Il ne faut pas oublier que Canelo a décidé de reporter le combat de sa date initiale en raison de problèmes familiaux.
Christian, lui, même après cet événement tragique, est revenu à l’entraînement.
Son entourage confirme même qu’il redouble l’effort dans ses dernières séances.
S’il est vrai que la mort d’un proche peut agir comme une source de distraction pour certains athlètes, l’entraîneur adjoint de Christian Mbilli voit plutôt cette lourde perte comme une source de motivation additionnelle.
« Sa mère avait un combat contre le cancer, qu’elle a perdu, maintenant, lui, il a un combat, qui n’est pas contre le cancer, mais il ne voudra pas le perdre », a conclu Samuel.




