Pour commencer, j’adore Steven Butler. Je crois même que, pour un promoteur, c’est le boxeur parfait. Il est né pour combattre et c’est encore plus vrai quand on pense qu’il est le petit-fils de Marshall Butler et le fils de Clint Butler, qui ont marqué l’esprit des Québécois avec leurs poings.
Steven Butler est fait d’un ancien moule, celui qui n’a peur de rien ni de personne. Alors qu’on vit à une époque où les fiches sont savamment construites et les adversaires triés sur le volet, Bang Bang accepterait d’affronter Berlanga en juillet, de remplacer Mbilli au besoin en septembre et de finir l’année avec un combat revanche avec Janibek Alimkhanuly.
Steven Butler a eu trois pères dans sa vie qui, chacun à leur manière, ont joué un rôle important. Clint Butler, un homme certes intense, comme en témoigne sa carrière dans le hockey, mais reconnu comme un bon père et grand-père. C’est de lui qu’il tient ce côté « peur de rien » qui l’a servi en boxe professionnelle. Gagne ou perd, Steven offre toujours de bons combats par sa fougue et son courage. Rénald Boisvert, un génie de la boxe et un homme qui a veillé sur lui comme entraîneur depuis ses 8 ans. Et Camille Estephan, qui l’aime comme un fils, lui a appris à accumuler les Rolex et les maisons sur la couronne nord de Montréal.

Photo: Virginie Assay – Rénald Boisvert et Steven Butler
Je suis tombé en bas de mes souliers quand j’ai appris mardi dernier que Steven Butler allait affronter Edgar Berlanga sur une carte présentée par Zuffa Boxing le 26 juillet au Madison Square Garden. Vous me connaissez, j’ai dans mon téléphone, sous l’application Notes, un plan précis pour chaque boxeur québécois. J’ouvre l’onglet Steven Butler pour vous.
J’aurais emprunté la méthode David Lemieux
Je suis encore impressionné de la manière qu’on a créée David Lemieux. Certes, il cognait lourd, mais on a amplifié le personnage. Fernand Guerrero avait visité le tapis à deux reprises face à Peter Quillin. Il est arrivé ici prêt à se faire massacrer par Lemieux. Son championnat du monde, il l’a eu contre Hassan N’Dam, un boxeur qui avait au préalable visité le tapis à six reprises face à Peter Quillin. David Lemieux l’a envoyé valser à quatre reprises. Glen Tapia venait de passer trois jours aux urgences après un KO face à Michel Soro, pas reconnu pour cogner, et dans la division en dessous quand on l’a amené face à David Lemieux. Même Curtis Stevens a dû faire seul la pesée du lendemain de l’IBF. Tout était calculé pour créer le phénomène Lemieux. Je m’en serais inspiré pour donner une dernière chance à Steven Butler de retourner en championnat du monde.
Note de l’auteur: Lemieux est un des plus lourds cogneurs que le Québec a vu naître, mais on s’est servi de ce cadeau du ciel pour amplifier sa carrière et créer sa légende. Je ne remets pas en doute sa force de frappe, je salue plutôt la construction de sa carrière qui lui a permis d’être champion du monde et de faire face à Gennady Golovkin, Billy Joe Saunders et David Benavidez.

Photo: Youtube – Steven Butler
J’aurais remonté Steven Butler jusqu’au championnat du monde avec de bons boxeurs classés qui viennent de la division d’en dessous et ne cognent pas trop fort. Un peu de malice et de stratégie pour le bien de Steven Butler qui, je le répète, a subi cinq défaites par KO. La prochaine défaite par KO sonnera la fin de sa carrière. Quoique moins payant, j’aurais visé une série de trois ou quatre victoires de suite contre des adversaires comme l’Espagnol José Luis Navarro (17-2, 12 KO), Simon Zachenhuber (28-1, 17 KO), aspirant légitime et reconnu, et si le plan est toujours d’aller aux États-Unis, je viserais Junior Younan (22-0-1, 14 KO). Un retour vers les championnats du monde en maximisant l’exposition et la visibilité médiatique tout en réduisant le risque au maximum.
Et Edgar Berlanga là-dedans
C’est rare, mais j’ai pas d’opinion. Berlanga s’est fait brasser par Hamzah Sheeraz, sa fiche a été construite pour nous vendre ce qu’il n’est pas. Une future légende qui remplirait une vingtaine de fois le Madison Square Garden. Il ne sera jamais champion du monde, n’appartiendra pas au top 5 d’aucune division. Il demeure un boxeur possédant un gros gabarit chez les 168 livres, avec une réelle puissance et un tempérament bagarreur et explosif.
En tant qu’analyste expert de boxe, Steven Butler présente un jab parfois irrégulier, un jeu de jambes moyen, une tendance à chercher le coup d’assommoir et une technique en dessous de la moyenne de la division. C’est sur ces points précis qu’il a été choisi pour relancer Edgar Berlanga. En revanche, il cogne dur et peut répondre, surtout en début de combat, au feu par le feu face au Chosen One.

Photo: Boxing News 24 – Edgar Berlanga (à gauche)
J’aurais fait les choses autrement, mais Edgar Berlanga est prenable et surtout pas imbattable à ce stade-ci de sa carrière.