Le 3 septembre prochain, au Casino de Montréal, Lenar Perez franchira une nouvelle étape dans son ascension chez les lourds-légers en affrontant le vétéran sud-africain Thabiso Mchunu.
Ce duel oppose un espoir invaincu, en pleine progression, à un ancien aspirant aux titres mondiaux qui a partagé le ring avec plusieurs des meilleurs boxeurs de sa génération. Pour le Cubain, il s’agit probablement du dernier obstacle avant de pouvoir réclamer un combat contre l’élite mondiale.
À mon avis, c’est un excellent combat de progression pour Lenar Perez, et probablement le meilleur choix qu’Eye of the Tiger pouvait faire à ce stade de sa carrière.
«On croit que Lenar Perez est le meilleur lourd-léger au monde et, en attendant de pouvoir le démontrer contre Jai Opetaia ou David Benavidez, on compte leur signaler nos intentions en envoyant un message clair à toute la division face à Mchunu, le 3 septembre , a déclaré le président d’EOTTM, Camille Estephan.

photo: Vitor Munhoz – Lenar Perez
Perez possède déjà le physique, la puissance et le bagage amateur pour rivaliser avec les meilleurs de la division. Mais une chose lui manque encore : une victoire contre un vétéran de calibre mondial capable de le pousser dans ses derniers retranchements. C’est exactement ce que représente Thabiso Mchunu.
Je connais très bien Thabiso Mchunu. Il vient du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, une région qu’on surnomme le Royaume des Zoulous. On y retrouve des plages tropicales, des sommets spectaculaires et des parcs nationaux remplis de gros gibier. Ça, c’était la partie géographie du texte. Revenons maintenant à notre combat.
«The Rock» affiche une fiche de 25 victoires contre 8 défaites, mais plusieurs de ses revers ont été si serrés qu’on pourrait presque parler d’un boxeur de 30-3. Son surnom ne vient pas de nulle part: sa solidité, sa défense et sa capacité à faire dérailler le plan de match de ses adversaires lui ont valu cette réputation.
Il est né dans la boxe. Son père, Alex Mchunu, a lui aussi évolué chez les professionnels et lui a transmis sa passion dès son plus jeune âge. Discipline et fierté étaient au cœur de son éducation. Son père répétait souvent que la boxe était un sport difficile, mais que vivre en Afrique du Sud l’était encore davantage.

Photo: Ink Sport – Thabiso Mchunu vs Ilunga Makabu
Fait cocasse, Thabiso Mchunu est droitier dans la vie de tous les jours. En voulant imiter son père lorsqu’il était enfant, il a appris à boxer en gaucher. Son jab est excellent, son crochet droit est sournois et son style demeure extrêmement dérangeant.
C’est en 2013 qu’il se fait véritablement connaître en dominant Fast Eddie Chambers, lors de son premier combat à l’extérieur de l’Afrique. Même sa défaite très compétitive contre Junior Makabu lui ouvre ensuite les portes d’un championnat du monde contre Oleksandr Usyk.
Ce qui m’intrigue avec Mchunu, c’est que sa fiche est remplie de belles victoires. Ce n’est pas un simple gatekeeper, ni un passage obligé pour Lenar Perez. Ce serait une erreur de penser ça. C’est un boxeur capable de gagner le 3 septembre.
Il a notamment signé des victoires contre Johnny Muller, Ricards Bolotniks, Thomas Oosthuizen, l’ancien champion du monde Denis Lebedev et le champion olympique Evgeny Tishchenko. Plusieurs de ces succès ont été obtenus à l’étranger, ce qui les rend encore plus impressionnants.

photo: Boxing Scene – Thomas Oosthuizen vs Thabiso Mchunu
«Je suis un gars qui vit proprement. Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne fais pas la fête. Mon père m’a toujours appris à vivre ainsi. Je me sens encore en parfaite santé et mon corps répond très bien.»
À 38 ans, Thabiso Mchunu demeure un adversaire extrêmement crédible pour Lenar Perez. Le problème avec Mchunu, c’est qu’on pense toujours qu’il est fini… jusqu’au soir où il monte dans le ring. Il a affronté une élite que très peu de lourds-légers peuvent revendiquer.
Forces et faiblesses
Son expérience est exceptionnelle. Impossible de l’impressionner. Montréal, le Casino ou Lenar Perez ne changeront absolument rien à son approche. Très difficile à lire, il possède un excellent jeu de pieds, contrôle parfaitement la distance, casse constamment le rythme de ses adversaires et leur tend des pièges pour les pousser à la faute. Sa défense est étanche et les rares boxeurs qui l’ont arrêté ont dû travailler très fort pour y parvenir.
Même s’il affirme être encore à son sommet, il a beaucoup de boxe dans le corps. Ses réflexes et ses jambes ne sont plus ceux d’un homme de vingt ans. Face à un athlète explosif comme Lenar Perez, ça pourrait lui jouer de mauvais tours. Technicien avant tout, il ne gèle pas beaucoup d’adversaires d’un seul coup de poing. Sa fiche le confirme: il travaille rarement en longues combinaisons et ses débuts de combat sont souvent prudents. Disons qu’il préfère jouer aux échecs qu’à la bagarre.

photo: Vitor Munhoz – Isaac Chilemba vs Lenar Perez
Mon évaluation: Mchunu représente probablement le test le plus complet de la carrière professionnelle de Perez. Il n’a peut-être plus son sommet physique, mais son expérience, sa technique et son intelligence de ring sont largement suffisantes pour exposer la moindre lacune du Cubain.
La division des lourds-légers bouillonne présentement. Jai Opetaia règne en roi et maître, David Benavidez ajoute encore davantage de prestige à la catégorie et, avec une victoire convaincante — pourquoi pas avant la limite — Lenar Perez pourrait bien devenir le troisième homme dont tout le monde parlera.
Une chose est certaine: si Lenar Perez passe à travers un vieux renard comme Thabiso Mchunu de façon convaincante, plus personne ne pourra dire qu’il n’est pas prêt pour les plus gros noms de la division. Le 3 septembre, il n’affrontera peut-être plus le meilleur Thabiso Mchunu. Mais il affrontera assurément le boxeur le plus intelligent de sa carrière.