À dix semaines du combat Christian Mbilli vs Canelo Alvarez
Le lundi 17 août, notre camp d’entraînement a officiellement commencé.
Dans dix semaines, Christian Mbilli montera dans le ring pour affronter Saul « Canelo » Alvarez.
Écrire cette phrase permet de mesurer un peu l’ampleur de ce qui nous attend.
Canelo n’est pas simplement un autre adversaire ou un autre champion du monde. Il est depuis des années l’une des figures les plus importantes de la boxe. Avec lui viennent les projecteurs, l’attention médiatique, les millions de personnes qui regarderont le combat, la bourse qui accompagne un événement de cette ampleur et, surtout, les retombées qu’une victoire pourrait avoir sur la carrière de Christian.
De mon côté, c’est exactement le genre de défi que j’aime.

Photo: IG – Canelo Álvarez vs Christian Mbilli
Plus un combat est gros, plus la préparation devient intéressante. Il faut s’asseoir, réfléchir, se creuser les méninges et essayer de prévoir le plus de choses possible. On cherche constamment ce qu’on pourrait faire un peu mieux. On se demande ce qu’on n’a pas vu. On remet certaines idées en question.
Si on essaie toujours de donner 100 % pour chaque athlète et chaque combat, dans un rendez-vous comme celui-ci, on cherche quand même le moyen d’aller chercher ce 10 % supplémentaire.
On dit souvent : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Du péril, cette fois-ci, il y en aura.
Et c’est justement ce qui m’excite.
Dix semaines, mais pas dix semaines pour se mettre en forme
Le camp a officiellement commencé lundi, mais Christian n’arrive pas au gym après deux mois passés sur son divan. Il n’a jamais vraiment arrêté de s’entraîner, même pendant la période où nous n’avions pas encore de date précise pour le combat. Il commence donc le camp avec une bonne condition physique.
C’est important, parce qu’un camp d’entraînement de haut niveau ne devrait pas servir à remettre un boxeur en forme.
Il doit servir à construire une performance.
Et c’est probablement l’une des choses les plus intéressantes à expliquer aux amateurs de boxe : un camp de dix semaines n’est pas une longue ligne droite où on travaille de plus en plus fort jusqu’au jour du combat.
Si on faisait ça, on arriverait probablement au combat avec un boxeur épuisé, blessé ou qui aurait atteint son sommet trois semaines trop tôt.
Le but n’est pas que Christian soit extraordinaire au gym à cinq semaines du combat.
Le but est qu’il soit extraordinaire le soir où il affrontera Canelo.
Tout le camp est construit autour de cette idée.

Photo: IG – Christian Mbilli
Construire un plan
Marc Ramsay est l’entraîneur principal de Christian. Shawn Collinson et moi sommes ses assistants, et notre travail commence bien avant les premiers gros sparrings.
Au début du camp, Marc nous présente sa vision du combat. Il nous explique ce qu’il voit, ce qu’il pense que Christian devra être capable de faire et la direction qu’il envisage. Ensuite, il nous demande ce qu’on en pense.
C’est une partie du métier que le public voit rarement et que j’aime particulièrement.
On discute. On confronte nos observations. On apporte chacun notre lecture de certaines situations. À partir de là, tranquillement, une stratégie prend forme.
Même si j’aimerais parfois l’avoir, le dernier mot revient toujours à Marc, parce que c’est lui l’entraîneur principal.
Évidemment, je ne vais pas vous raconter cette partie en détail au cours des prochaines semaines. Il faut quand même que Canelo et son équipe travaillent un peu!
Mais je peux vous expliquer comment on construit le camp autour de cette stratégie.
Présentement, nous sommes dans une période où le volume de travail est important. Christian s’entraîne six jours par semaine, parfois deux fois par jour et une seule fois les journées de mise de gants.

Photo: IG – Christian Mbilli et Marc Ramsay
Dans les entraînements de boxe, nous pouvons actuellement travailler sur des blocs de plusieurs rounds de quatre minutes. Un round de boxe professionnelle dure évidemment trois minutes, mais nous utilisons présentement des rounds plus longs parce que nous sommes dans une phase où nous voulons accumuler du volume.
À mesure que le camp progressera, nous reviendrons vers des rounds de trois minutes et le travail deviendra de plus en plus spécifique aux exigences du combat.
C’est la même logique du côté de la préparation physique.
Philippe Goujon travaille déjà avec Christian depuis un bon moment. Maintenant que le camp est officiellement commencé, le travail est coordonné encore plus étroitement afin que chaque élément de la préparation s’intègre au reste.
Parce qu’il y a un piège assez évident dans un camp comme celui-ci : tout le monde veut améliorer l’athlète.
L’entraîneur de boxe veut pousser. Le préparateur physique veut pousser. Le boxeur lui-même veut pousser. Et quand l’enjeu est aussi important, la tentation est encore plus grande d’en faire davantage.
Mais Christian n’a qu’un seul corps.
Notre travail consiste donc autant à savoir quand pousser qu’à savoir quand lever le pied.

Photo: IG – Christian Mbilli
Les semaines où ça va brasser
Habituellement, nous commençons véritablement le sparring environ huit semaines avant le combat. Avant ça, nous pouvons utiliser certains drills techniques et des situations contrôlées pour tranquillement remettre Christian dans le bain.
Les gros sparrings arriveront plus tard.
Autour de cinq semaines avant le combat, le camp devrait entrer dans sa période la plus intense. C’est là que les rounds deviennent plus exigeants et que le travail accumulé depuis le début du camp doit commencer à se traduire dans des situations de plus en plus proches de ce que nous recherchons.
Cette intensité va se poursuivre jusqu’à environ deux semaines du combat.
Puis, quelque chose qui peut sembler contre-intuitif va se produire : nous allons commencer à en faire moins.
C’est ce que l’on appelle le taper.
À ce moment-là, il faut avoir confiance dans le travail qui a été accompli. On diminue progressivement le volume afin de permettre au corps de récupérer et d’absorber les semaines précédentes, sans perdre les qualités qu’on a développées.
C’est un équilibre délicat.
On veut arriver reposé, mais pas endormi. Frais, mais avec du rythme.
Il faut résister à cette petite voix qui nous dit toujours : « Peut-être qu’on devrait en faire encore un peu plus. »
Comment trouver quelqu’un pour imiter Canelo?
Une autre partie fascinante de la préparation est le choix des partenaires de sparring.
On pourrait penser qu’on cherche simplement des boxeurs qui ressemblent physiquement à Canelo. En réalité, c’est beaucoup plus complexe.
Avant de chercher des noms, on établit des caractéristiques. On regarde la taille, la puissance, la vitesse, le style et la capacité d’un boxeur à travailler dans certaines zones ou à nous donner certains types de réactions.
Ensuite, on cherche les partenaires qui peuvent répondre à ces besoins.
Pour un combat de cette ampleur, notre budget est également plus important qu’à l’habitude. Ça nous donne la possibilité de faire venir plusieurs partenaires au cours du camp.
Et c’est important, parce que trouver un gars capable de reproduire parfaitement Canelo Alvarez pendant plusieurs semaines serait plutôt pratique…

Photo: Espabox – Canelo Álvarez et son équipe
Mais ce gars-là n’existe probablement pas. En fait, il existe… mais il s’appelle Canelo!
On cherche donc différentes pièces du casse-tête.
Un partenaire peut nous apporter certaines qualités, un deuxième nous poser d’autres problèmes et un troisième nous permettre de travailler autre chose.
Je vais volontairement rester vague sur les qualités exactes que nous recherchons.
Je veux vous faire entrer dans le camp, pas envoyer notre plan de match par la poste à l’équipe adverse.
Regarder Canelo… mais aussi regarder Christian
L’analyse vidéo va également occuper une place importante pendant les dix prochaines semaines.
Nous avons tous déjà fait du travail individuellement sur Canelo. En début de camp, nous allons maintenant faire de l’analyse plus structurée ensemble. Nous y reviendrons ensuite à différents moments de la préparation.
Mais il y a une autre analyse qui est tout aussi importante : celle de Christian.
Nous allons filmer et analyser ses mises de gants et ses sparrings. Parce qu’on peut avoir la meilleure idée du monde devant un écran; encore faut-il qu’elle fonctionne lorsqu’un autre boxeur essaie de te frapper au visage.
C’est là que le camp devient un laboratoire.
On observe Canelo. On travaille certaines choses dans le gym. On regarde comment Christian réagit lorsqu’on les met à l’épreuve. On analyse ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien et ce qui doit être modifié.
Puis on retourne travailler.
Pendant dix semaines, on répète ce processus.

Photo: Excelsior California – Canelo Álvarez
Le véritable adversaire du camp
Il y a aussi une réalité moins glamour dont on parle rarement.
Les blessures.
Dans un camp aussi exigeant, il est très rare qu’un athlète traverse dix semaines sans douleur ou sans petit pépin physique. Les mains, les épaules, les coudes, les côtes, les jambes : on demande énormément au corps.
C’est probablement l’un des plus grands dangers qui nous guettent.
On doit donc constamment évaluer ce qui est normal, ce qui peut être géré et ce qui nécessite un ajustement.
Parfois, la meilleure décision pour préparer un combat n’est pas d’ajouter un round.
C’est d’en enlever un.
Ça peut sembler banal, mais c’est l’une des responsabilités les plus importantes d’une équipe d’entraîneurs.
Personne ne remet de ceinture pour avoir remporté le camp d’entraînement.
Pourquoi celui-là est différent
Je pourrais terminer en disant qu’au fond, Canelo est un adversaire comme les autres et qu’on prépare ce combat exactement comme tous ceux qui l’ont précédé.
Ce ne serait pas vrai.
C’est Canelo.
L’ampleur du combat est différente. Le nombre de personnes qui vont le regarder est différent. Les enjeux financiers sont différents. Et ce qu’une victoire peut représenter pour Christian est complètement différent.
Alors oui, personnellement, je le ressens.
Mais je le ressens davantage comme de l’excitation que comme de la pression.
J’aime devoir m’asseoir avec Marc et Shawn et me creuser la tête. J’aime chercher le détail qu’on pourrait améliorer. J’aime l’idée qu’on va tester nos réflexions dans le gym, découvrir que certaines fonctionnent et probablement constater que d’autres doivent être modifiées.
Parce qu’au bout du compte, c’est aussi un test pour nous.

Photo: IG – Christian Mbilli et son équipe
Christian aura l’occasion de montrer qu’il appartient à ce niveau.
Et nous, comme équipe, nous aurons l’occasion de démontrer que nous sommes capables de préparer un boxeur pour battre un combattant comme Canelo Alvarez.
Si nous réussissons, les retombées seront immenses.
Mais on n’est pas encore rendu là.
Il reste dix semaines.
Dix semaines à réfléchir, travailler, observer, corriger, pousser et parfois avoir l’intelligence de ralentir.
Dix semaines pendant lesquelles je vais essayer de vous faire vivre une partie de cette préparation de l’intérieur, sans évidemment vous raconter ce qui doit rester entre les murs du gym.
Aujourd’hui, nous n’en sommes qu’au début.
Dans quelques semaines, les gros sparrings vont arriver. La fatigue aussi. Il y aura probablement des imprévus, des ajustements et des moments où nous allons nous demander si nous sommes exactement là où nous voulons être.
Je vous raconterai tout ça.
Et dans dix semaines, il faudra que tout ce travail ait mené au même endroit : Christian Mbilli devra être prêt à battre Canelo Alvarez.

Photo: IG – Canelo Álvarez vs Christian Mbilli (milieu)