On ne peut plus reprocher à EOTTM de faire du gonflage de fiche ou d’offrir des combats faciles pour le développement de leurs athlètes avec des combats comme ceux-ci. Luis Santana et Dzmitry Asanau croiseront le fer le 8 octobre à Québec, et honnêtement, ça risque d’être une guerre.
Dans un duel 100% EOTTM comme ça, entre deux espoirs invaincus, je me suis rapidement posé la question : mais pourquoi?
Mais j’ai rapidement compris que l’écurie québécoise en était rendue là dans son développement.
Et ce n’est pas la première fois qu’ils le font. Fût un temps où Steve Claggett a affronté Yves Ulysse Jr et Mathieu Germain.
Erik Bazinyan était aussi censé affronter Steven Butler à trois reprises, mais on sait tous ce qui s’est finalement passé.
Photo: Vitor Muhnoz – Luis Santana (à droite)
Toutes les grandes promotions agissent de la même façon, que ce soit Top Rank, Matchroom ou n’importe quel autre grand promoteur, aucun ne refusera un combat majeur simplement parce qu’il oppose deux de leurs propres combattants.
Ici ça fait parler, parce qu’au Québec, on est un peu chauvin. On veut que tous nos boxeurs soient des champions, sans jamais se croiser, tout en allant conquérir le reste du monde.
Mais malheureusement, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne à la boxe.
Et on a déjà été privé d’excellents combats au Québec pour de diverses raisons, je pense notamment à Jean Pascal contre Adonis Stevenson.
Maintenant que Camille Estephan a l’occasion de proposer un combat de cette envergure, il était naturel qu’il saisisse sa chance.
photo: Vitor Munhoz – Dzmitry Asanau vs Roger Gutiérrez
Une manière d’éviter la congestion
Lorsque j’ai pris le temps d’y penser, ça m’a sauté aux yeux.
Avec toute la congestion chez les 168 lbs, ce qui est un magnifique problème à avoir soit dit en passant, on veut probablement chercher à séparer les bons de l’élite tout de suite pour savoir qui a réellement une chance de décrocher un titre mondial à 135 lbs.
Avec la situation des super-moyens, où Christian Mbilli est le roi à la WBC, Osleys Iglesias règne au sommet du classement de l’IBF et Wilkens Mathieu les suit de très près, même si c’est une situation favorable, ça doit donner des maux de tête à leur promoteur.
Tout ça sans mentionner Moreno Fendero, qui grimpe lui aussi dans les classements de la division.
Trois de ces boxeurs-là sont maintenant pris en charge par Marc Ramsay, et tôt ou tard, ils devront s’affronter.
Osleys Iglesias a d’ailleurs déjà évoqué la possibilité d’affronter Mbilli, à condition que les circonstances s’y prêtent.
Donc ça ne donne pas des maux de tête à leur promoteur parce qu’ils sont tous bons, mais plutôt parce qu’on ne pourra pas créer des nouveaux titres pour l’occasion.
Ce duel entre Asanau et Santana permettra de désigner le meilleur espoir, afin d’esquiver l’embouteillage qui se retrouve indéniablement au sommet de l’Everest.
Photo: Vitor Muhnoz – Luis Santana
Là où ça devient compliqué
Un point que je concède à ceux qui critiquent ce type de combats, c’est la grande proximité entre les équipes.
Lorsqu’on dit qu’il n’y a pas de place pour les amitiés à la boxe, c’est vrai dans un sens, mais faux dans un autre.
Ce n’est pas un sport d’équipe comme le hockey où tu as littéralement des coéquipiers qui jouent sur ton équipe.
Ton équipe, ce sont tes entraîneurs, mais sur le ring, tu te retrouves seul face à ton adversaire.
Toutefois, on sous-estime trop souvent le travail qui est accompli en équipe dans la salle d’entraînement pendant le camp de préparation.
Les partenaires de sparring et la communauté du gym forment une véritable équipe autour du boxeur, ils l’accompagnent et le poussent à se surpasser.
Donc ce serait une chose d’opposer un boxeur comme Albert Ramirez, qui vient de l’extérieur, à un boxeur comme Mehmet Unal, par exemple.
Photo: Vitor Munhoz – Dzmitry Asanau (à droite)
Mais dans cette situation-ci, Asanau s’entraîne avec Samuel Décarie-Drolet et Santana s’entraîne avec Giuseppe Moffa.
Les deux se connaissent bien, et quand j’en ai brièvement parlé à l’entraîneur d’Asanau, il m’a confié qu’il connaissait aussi bien Luis, ce qui rendrait la confrontation un peu déstabilisante. Il admettait quand même que « ça fait partie de la game », comme on dit en bon français.
À la fin de la journée, la boxe reste un sport impardonnable et ces deux athlètes l’ont compris. Parfois il faut accepter des combats peu séduisants si ça signifie que ta carrière va progresser.



