Le meilleur super-moyen au monde boxe peut-être à Montréal. Le problème, c’est que personne au Québec ne le sait.
Jeudi soir, au Capitole de Québec, Osleys Iglesias a démonté le Danois Oliver Zaren en sept rounds. Deux chutes au sixième, la serviette au septième. Le Cubain est rendu à 16 victoires, 15 par K.-O., avec la ceinture IBF autour de la taille.
Pis après le combat, tout le monde est retourné à la maison, pis la vie a continué. Pas de une, pas de tempête, rien. Un champion du monde qui détruit tout ce qui bouge, pis le Québec hausse les épaules.
C’est pas la faute du boxeur. Regardez son CV : il a gagné sa ceinture contre un Russe, Pavel Silyagin. Il l’a défendue contre un Danois. Avant ça, un autre Russe, Vladimir Shishkin. Des bons boxeurs — des noms que même les fans finis peinent à placer sur une carte du monde.
Iglesias a tout ce qu’il faut pour devenir une superstar : la puissance, le style, le surnom. El Tornado. Ce qui lui manque, c’est un plan.

Photo: Fightmag – Oliver Zaren vs Osleys Iglesias
En voici un.
Le constat : un CV sans noms
Trop souvent, dans ma longue carrière d’expert en boxe, j’ai vu des champions se faire prendre au piège des organismes de sanction, accumuler les victoires sans faire de bruit et sans jamais obtenir la reconnaissance internationale. Je citerai Sergiy Dzinziruk, Robert Stieglitz, et d’autres dont je vous épargnerai l’énumération.
L’idée, c’est qu’Iglesias ne peut pas affronter un aspirant top 15 et un aspirant obligatoire IBF année après année si on veut en faire une superstar. Parce qu’il a battu qui, pour le moment? Deux Russes et un Danois. Même si les fans hardcore comme moi — et Maxime Gabriel — savons que passer le K.-O. à Shishkin, Silyagin et Zaren, c’est impressionnant, le fan de boxe moyen, celui qu’on veut réintéresser à la boxe, reconnaît plutôt des noms comme Caleb Plant, Jermall Charlo, Jaime Munguía et Diego Pacheco. C’est vers eux qu’il faut se tourner si on pense qu’il est de la trempe d’un Artur Beterbiev, ou qu’il est dans une classe à part, comme l’a écrit Réjean Tremblay. Parce que j’y crois aussi — j’ai envie d’y croire, surtout — mais pour créer la légende, il faut en battre d’autres, des légendes en devenir.

Photo: Vitor Munhoz – Oliver Zaren vs Osleys Iglesias
La recette d’autrefois
Lucas et Bute étaient champions dans cette même division. Fréquence des combats, télé grand public, escalade des salles, jusqu’au Centre Bell plein. Bute était Roumain : la preuve qu’un étranger adopté peut devenir un des nôtres. Pascal mettait plus de 17 000 personnes au Centre Bell.
Noé Cloutier, c’est à ton tour de jouer : Tout le monde en parle, Jean-Charles Lajoie, Le 5 à 7, Laurent s’écoute parler — c’est le temps de le montrer à tout le monde. Tout en visant le monde entier : Boxing Life Stories de Tris Dixon, 5 Live Boxing avec Mike Costello et Steve Bunce, et Chris Mannix.
Volet mondial : le rendre incontournable
Ensuite, on doit l’asseoir au premier rang, avec sa conjointe — qui est superbe — et son entourage (Noé Cloutier, Marc Ramsay, Camille Estephan, Virginie Assaly, etc.), à chaque combat de championnat du monde chez les 168 livres. Les autres champions se réveilleront la nuit pour craindre le boogeyman cubain. Ensuite, les forums et les experts feront la job de le rendre incontournable pour les autres champions de la division. David Benavidez est un bon exemple d’un boxeur qui a su faire parler de lui.
Iglesias doit aussi provoquer et être actif sur les médias sociaux, parce que c’est aussi ça, vivre en 2026.

Photo: Vitor Munhoz – Antonin Décarie, Osleys Iglesias et Camille Estephan
Volet Québec : en faire un des nôtres
C’est le temps d’une grande finale au Centre Vidéotron. Après tout, le public de Québec remplit les salles pour la boxe, et la présence de Wilkens Mathieu et de Leïla Beaudoin aidera à vendre des billets. On le pousse partout : des cours de français tous les jours, une présence dans les téléthons et à la guignolée des médias. On pousse « El Tornado » partout, et on le glisse dans des rumeurs de combats contre Wilkens Mathieu, Christian Mbilli — même un détour à 175 livres face à Artur Beterbiev est envisageable, si c’est ça que ça prend pour remplir le Centre Vidéotron. Laissons le public rêver : on coupera Marc Ramsay en deux au moment opportun.
Il a esquivé la question jeudi passé, mais désolé Marc : c’est mon plan, que ça te plaise ou non.
Tout est là. Le talent, la ceinture, la puissance, le surnom. Il manque juste la volonté de suivre le plan.
Parce que la fenêtre, elle, ne négociera pas. Iglesias a 28 ans. Canelo en a 36 et revient d’une défaite. La division des super-moyens n’a jamais été aussi ouverte — mais les divisions ouvertes se referment vite, pis les tornades ne tournent pas éternellement.

Photo: Vitor Munhoz – Osleys Iglesias vs Oliver Zaren
Le Québec a déjà fait ça. On a pris un Roumain pis on en a fait une vedette qui remplissait le Centre Bell. On a mis 20 479 personnes dans le même building pour regarder deux des nôtres se battre. La recette, on la connaît par cœur — elle est écrite dans l’histoire de la boxe d’ici.
La vraie question, c’est si Eye of the Tiger veut une superstar, ou juste un champion de plus avec une ceinture dans un présentoir.
El Tornado est prêt. Reste juste à exécuter le plan.